"La mer ne fait pas de cadeau" : mieux sauter des rochers ou falaises, les 6 choses à connaître pour limiter les risques !
Lionel Franc, alias Loulou des Calanques est champion de cliff diving, il réalise des plongeons de l'extrême depuis les rochers. Pour éviter les accidents, il donne régulièrement des conseils aux jeunes qui souhaitent s'essayer à la pratique.
Un jeune homme de 24 ans qui passait ses vacances à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône est dans le coma après avoir manqué, ce dimanche, un plongeon. Les pompiers du département indiquent que les plongeons en mer concernent 80% de leurs interventions sur des accidents graves liés aux risques nautiques. Et chaque année, le Sdis des Bouches-du-Rhône comptabilise une douzaine d'interventions sur des personnes ayant raté son saut depuis un rocher.
Pour éviter ces drames, Lionel Franc, alias Loulou des Calanques, s'est lancé bénévolement dans la prévention auprès des jeunes. Depuis Cassis, il va à la rencontre de ceux qui souhaitent sauter, afin de les conseiller. Des collèges, des lycées et des municipalités font aussi appel à lui. "L'interdiction ne va pas forcément fonctionner", constate celui qui détient le record du monde de saut de falaise la tête en avant : 36 mètres de hauteur. Quand il va à leur rencontre, les jeunes sont "dans le respect", mais "ils n'ont pas conscience du danger". "Dans l'eau, ce n'est pas comme au sol, prévient-il. Il y a une forte impossibilité à se secourir seul. Même sans fracture, des tas de paramètres favorisent la noyade."
La mer ne fait pas de cadeau, à la moindre erreur ce sera la sanction.
Lionel Franc, champion du monde de cliff diving
Lionel Franc le rappelle : "un saut raté peut entraîner une coupure de respiration. Il faut l'équivalent d'une tasse à café pour remplir les deux poumons, en 'buvant la tasse'. Cela va engendrer une panique, qui peut déboucher sur une noyade." Afin de limiter les risques, le plongeur conseille de partir à plusieurs et de jouer "collectif". Voici ses recommandations :
Savoir lire le fond
Dans un premier temps, avant de sauter, il faut repérer l'environnement. La première question qu'il faut se poser, explique "l'ange des Calanques", est la suivante : "est-ce qu'il y a une corniche sous-marine que je pourrais toucher ?"
"Même sans corniche sous-marine, avec un fond à 3 mètres, si vous sautez de 10 mètres de hauteur, vous allez toucher le fond". Lors de ses interventions auprès des jeunes, il explique pourquoi, plus on saute de haut, moins on pénètre en profondeur.
Analyser le rocher
"Si le rocher est penché, vous pouvez le percuter en sautant. Il faut veiller à trouver un rocher droit", détaille Lionel Franc. C'est le principal défaut des rochers de la Corniche Kennedy à Marseille, où les "plongeurs sauvages" doivent prendre de l'élan pour espérer toucher l'eau. Cela engendre régulièrement des accidents.
Adapter la hauteur à ses possibilités
Cela semble une évidence : "ne pas se choisir un rocher de 18 mètres quand tu as treize ans et que tu es gros comme un haricot." Mais le champion constate que la recherche des sauts extrêmes est encouragée par les réseaux sociaux. Lui-même communique très peu sur ses exploits.
Avec la hauteur et la vitesse, le poids à l'arrivée dans l'eau est multiplié : "Je fais 70 kg. Quand je plonge de 36 mètres, je fais 1,3 tonne. J'arrive à 100 km/heures et en une demi-seconde, au passage dans l'eau, je passe à 0 km/ heure. Les idées reçues ne correspondent pas aux réalités physiques et mathématiques."
Préparer sa sortie
Les conseils de Lionel Franc servent à limiter les risques. Mais des drames peuvent survenir et il faut s'y préparer. Loulou conseille donc de partir plonger à plusieurs, avec des amis qui peuvent intervenir en cas d'accident. "Quand quelqu'un saute, il faut que les personnes qui sont avec lui soient capables de sauter aussi. En cas de problème, il faut quelqu'un dans l'eau pour intervenir rapidement." Dans les rochers escarpés des Calanques, sortir une personne inconsciente de l'eau peut s'avérer difficile. Le plongeur conseille de sélectionner des rochers où une personne accidentée et inconsciente pourra facilement être évacuée par ses proches.
Céder aux hésitations
"Il ne faut pas encourager quelqu'un si tu sens qu'il n'en est pas capable", insiste le plongeur. "Si tu as une hésitation, c'est ton corps qui te parle, tu peux redescendre de trois mètres pour sauter." Selon lui, "il vaut mieux faire un saut élégant à 10 mètres que de mal sauter à 20 mètres."
La technique du volcan
La plupart des plongeurs sur les côtes du Sud-Est plongent en chaussures, pour faciliter l'escalade dans les rochers. "Mais c'est très glissant quand on escalade, et ça limite la proprioception à la surface de l'eau", prévient Lionel Franc. Pour faciliter le saut, l'expert conseille la technique du volcan : "rentrer les talons en premier, remonter la pointe des pieds vers soi, ce qui accentue la rigidité des jambes. Ça va créer une forme de volcan : la surface de l'eau va ouvrir un trou d'air dans lequel le corps va arriver."
Preuve que les recommandations de Loulou sont entendues : depuis 10 ans, il n'y a pas eu d'accident grave à Port Miou, où il promène son navire et ses mises en garde.
Source
https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/l-interdiction-ne-va-pas-forcement-fonctionner-sauter-des-rochers-ou-falaises-les-6-choses-a-connaitre-pour-limiter-les-risques-3200526.html