Auteur Sujet: Scoop and run versus Stay and play  (Lu 304 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne Jeano 11

  • Administrateur
  • *****
  • Messages: 6960
  • Sexe: Homme
  • Retraité
Scoop and run versus Stay and play
« le: 28 janvier 2022, 18:03:57 »
Scoop and Run : introduction

On entend fréquemment parler du « scoop and run » et du « stay and play ». Ces deux philosophies pré-hospitalières de prise en soin semblent s’opposer de toutes parts, représentant, pour qui s’intéresse un tant soit peu aux systèmes de soins préhospitaliers à travers le monde, des méthodologies propres à certains systèmes …  Qu’en est-il vraiment ? Nous allons tenter de développer et analyser ces termes dans cet article.
Définition du scoop and run

Le scoop and run se traduit littéralement par « charger et rouler ». Des termes bien barbares, étrangers au milieu du soin. Il faut comprendre alors que ces termes désignent le fait d’amener un patient le plus rapidement possible vers une structure de soins, lui permettant alors de bénéficier de soins définitifs dans un cadre hospitalier.

Ce concept consiste donc à ne pas retarder le transport du patient. Pour ce faire, les soins ne seront pas initiés sur place dans la mesure du raisonnable. Les techniques se limiteront souvent au BLS sur place, avant de débuter l’ALS dans l’ambulance, où lors de la prise en charge hospitalière. Le BLS et l’ALS, rappelez-vous de ces deux concepts expliqués dans un autre article. Ils déterminent le niveau de soin apporté au patient.

Définition du stay and play

Le stay and play se traduira littéralement par « rester et jouer », encore une fois, des propos étrangers au champ lexical du soin, exprimant, à l’inverse du scoop and run, le fait de privilégier le soin au transport.

On estime, dans ce concept, que le patient ne peut être transporté sans être au préalable stabilisé. C’est à dire que l’ALS sera majoritairement initié dès le lieu d’intervention. La philosophie résidant dans le fait que plus les soins, même temporaires, sont rapidement débutés, moins le patient usera de systèmes compensatoires, limitant alors les états de choc, et augmentant ses chances de survie et d’autonomie.
Historique des deux concepts

Nous avons coutume d’associer ces deux philosophies à des systèmes bien précis. Le scoop and run est l’apanage des systèmes anglo-saxons, alors que le stay and play est la propriété des systèmes usant de médecins en pré-hospitalier. On parlera également de « médicalisation de l’avant ».

En effet, jusque dans les années 60, les systèmes basés sur les politiques de soin anglo-saxonnes pratiquaient le scoop and run. La faute à une limitation des formations des différents intervenants (EMT- B, AEMT’s, Paramedics…). Les anglo-saxons ne projetant pas de médecins sur le plan pré-hospitalier, il était difficile d’amener l’ALS au patient. En revanche, la qualité technique de ces mêmes intervenants sur les situations d’origine traumatiques leur permettait de favoriser cette méthodologie, en obtenant des résultats de survie et d’autonomie suffisamment intéressants.

A l’inverse, les européens, et plus particulièrement les français, commencèrent rapidement la médicalisation de l’avant, avec notamment l’arrivée du soin sur le champ de bataille à l’initiative du jeune chirurgien en chef de la grande armée sous Napoléon 1er, l’initiateur de la médecine d’urgence : Dominique-Jean Larrey. Ce jeune prodige qui assura à même le front, les premiers soins aux militaires blessés (souvent à coup de garrots et d’amputations …) avant même de créer les premières ambulances au décours des années 1800.

Le concept de stay and play est alors repris de manière bien plus moderne par le professeur Louis Lareng, fondateur du SAMU et des SMUR, qui, dans les années 1960, amène pour la première fois le médecin sur le lieu de l’accident, « au pied de l’arbre », afin de stabiliser son état avant de le transporter.

L’histoire, d’accord… Et maintenant ?

Dans le monde actuel, les comités scientifiques ont suffisamment élaborés leurs politiques de soins pour avancer dans leurs prises en charge.

Le scoop and run a ses limites, il n’est plus la méthode exclusive depuis les années 1960, lorsque l’American College of Surgeons Commitee, une association de chirurgiens américains créée en 1913, notamment sous l’impulsion du Professeur Lorenz Böhler, un médecin autrichien qui publie de nombreux articles sur la traumatologie moderne, et le principe d’association du soin à la rapidité d’action. Le scoop and run ne se limite alors qu’aux situations le nécessitant ! Notamment sur certaines atteintes traumatiques, obstétriques ou en encore cardiovasculaires, majoritairement lorsque l’hémostase est altérée et n’est pas contrôlable autrement que par un ou des actes de chirurgie qui s’effectueront au bloc opératoire.

L’usage courant de désigner les systèmes « anglo-saxons » comme des systèmes de scoop and run serait donc une erreur ?

De l’autre côté, le stay and play divise, mais persiste. D’un côté, on découvre l’émergence et l’intérêt des SMUR pour les méthodes proposées par le fameux College of Surgeons Commitee, via les formations NAEMT qui se développent dans nos contrées. De l’autre côté, des protocoles se mettent en place allant dans le sens du stay and play. Par exemple, avec l’apport de l’ECMO, à même le bitume, en préhospitalier.
Deux philosophies opposées

On comprend aisément ce qui oppose ces deux philosophies. Chaque défenseur de son système aura d’excellents arguments pour contrer les méthodes de l’autre : perte de temps pour les uns, régression du soin pour les autres … Les uns ont laissés mourir Lady Diana tandis que les autres ne sont pas des soignants, tout au plus des conducteurs d’ambulance formés au BLS …

Autant d’hypothèses étayées et réfutées de part et d’autre par les différentes communautés scientifiques. La réalité est que finalement, il n’existe aucune vérité absolue tant chaque prise en soin diffère d’une autre.
Et pourtant …

Mais alors qui a raison ? De quel côté du globe est-il préférable de tomber malade ou d’avoir un accident ? Quel côté nous sous-traitera, et quel côté nous sur-traitera ?

En réalité, est-il pertinent d’opposer ces méthodologies à des modèles de soin préhospitalier plutôt que de les appliquer à des situations bien spécifiques ?
Imaginez un appel de votre régulation, vous envoyant au domicile d’un patient ayant chuté de son toit. Arrivé sur place, vous effectuez un bilan primaire révélant une altération de la stabilité de votre patient sur le plan circulatoire, avec un abdomen dur et douloureux à la palpation dans son quadrant supérieur gauche, et un état de choc compensé. L’hôpital le plus proche, muni d’un bloc, se trouvant à 10 minutes de route en ambulance. Y aura-t-il un risque de péjoration de votre patient en augmentant les délais sur place, en attente de soins plus avancés ? Probablement …

D’un autre côté, imaginez une patiente, à domicile, toujours, parturiente, qui présente des critères d’imminence évidents d’accouchement inopiné alors que le service d’obstétrique le plus proche est à 20 minutes d’ambulance. Est-il alors pertinent de prendre la route immédiatement, au risque d’assister l’accouchement dans l’ambulance ?

Finalement, ces deux méthodologies présentent chacune leurs avantages et inconvénients, en fonction des situations rencontrées. On en viendrait presque à croire que l’urgence préhospitalière n’est qu’une perpétuelle adaptation, et une quotidienne contradiction des principes enseignés !
Mais alors … Quel domaine d’APPLICATION pour chaque méthode ?

Eh bien c’est très simple. Le soignant sur le terrain est le seul à même d’évaluer chaque situation et à réagir en conséquence. Tout dépendant de son niveau de compétence, des règlements qui encadrent ces mêmes compétences, du lieu d’intervention, de la proximité d’un hôpital ou d’un service précis, de la configuration de la situation, des possibles dangers, de la nature même de l’urgence, de la physio-pathologie etc … Les paramètres sont nombreux à peser dans la décision.

Bien entendu, le facteur prédominant reste le savoir de l’intervenant et sa capacité d’analyse !
Une alternative, le play and run

Nous parlions précédemment de l’émergence (loin d’être nouvelle) d’une autre philosophie. Il s’agit du play and run.

Cette méthode, inspirée des deux précédents concepts (pour preuve que chacun avait sa part de raison) consiste à traiter le patient tout en avançant vers le service receveur (voyez-vous le lien avec les théories du professeur Böhler ?)
On arguera alors de la recherche de certains diagnostiques nécessaires à des soins spécifiques, tels que l’infarctus du myocarde, qui nécessitera un traitement précoce et une orientation différente du traditionnel SAU, ou encore du traitement préhospitalier de certaines étiologies médicales nécessitant une certaine stabilité, comme les crises convulsives ou encore les hypoglycémies sévères.

Cette alternative pourrait permettre une réduction des délais inhérents au traitement du patient. Et finalement, n’est-ce pas ce qui est de plus en plus pratiqué ?
Différents systèmes pour différentes formations

Ici, le thème sera plus large. En effet, difficile de parler de méthodes et de compétences sans parler de formation.

Il est établit dans les moeurs, un standard correspondant à la pratique du scoop and run dans les systèmes anglo-saxons, associé à des soins basiques (BLS), eux mêmes associés à un niveau d’étude basique.

De l’autre côté, la méthode stay and play correspond à un niveau de soins avancé (ALS), plutôt associé à des études avancées.

C’est là que la surprise apparaît. Pourquoi alors des Paramedics à travers le monde, souffrant en moyenne de trois années d’une formation spécifique au soin préhospitalier d’urgence, pratiquant l’ALS sous divers volets pratiquent le scoop and run ?

En opposition à ça, encore une fois, la France, considérée comme le berceau mondial du stay and play, pratique l’ALS via les SMUR (environ 350 structures selon SUDF, comptant une moyenne de 1,8 équipage par 24h soit 630 unités par 24h) et les SSSM (11085 Infirmiers et Médecins Sapeurs Pompiers en 2018 selon le ministère de l’intérieur, sans chiffre du nombre de vecteurs opérationnels par 24h).

Ce qui nous amène à un chiffre très optimiste, notamment sur les chiffres des SSSM opérationnels, de 11735 unités ALS en France. En revanche, on recense environ 6500 VSAV et 14000 ambulances, soit un total approximatif de 20500 unités BLS. La France comporte donc (toujours selon des chiffres lointains de la réalité opérationnelle) environ 63,6% d’unités BLS.

Alors, serions-nous vraiment le pays du stay and play ?

Conclusion

Depuis toujours, la médecine est en perpétuelle évolution. Les perspectives de soins s’élargissent de plus en plus pendant que les grands principes sont affirmés un peu plus chaque jour.

A ce titre, quel est l’intérêt de se limiter à des dogmes aussi archaïques que le Scoop and run ou le Stay and play ? Les formations évoluent (presque) partout à travers le monde pour les effecteurs de soins projetés sur le terrain, permettant à chacun de se constituer un raisonnement clinique lui permettant une certaine latitude quant à l’adaptation à de nombreuses situations.

Mais alors, il faut parler de formation, cela reste encore le seul moyen de soigner convenablement un patient !

Source : https://www.ambulancier-lesite.fr/scoop-and-run-stay-and-play-pre-hospitalier/?fbclid=IwAR0GoT_hF1MJCFC03s4eTvz2B5KRRtUJYcENHORLxlleHIpzatsnq0GaAjM