Auteur Sujet: COMCyberGEND : la gendarmerie monte en puissance face à la menace cyber  (Lu 606 fois)

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Avec la création, au 25 février 2022, du COMCyberGEND, ou Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace, l’Institution se met en ordre de bataille et fourbit ses armes face à une cybercriminalité croissante. Cette nouvelle structure, dont le général de division Marc Boget a officiellement pris la tête ce 1er août, a pour objectif d’animer, de coordonner, de mettre en cohérence, de renforcer et de rendre plus visibles et lisibles les capacités de la gendarmerie dans le domaine cyber, qu’il s’agisse de prévention, de formation ou d’investigations.

La prépondérance du numérique dans nos vies quotidiennes, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, a ouvert, ces dernières années, un large champ d’action à un nouveau genre de criminels. Dans le cyberespace, personne n’est à l’abri : particuliers, entreprises, institutions et collectivités, établissements hospitaliers… Chacun est une victime potentielle, sinon une cible. Une tendance qui s’amplifie d’année en année, avec une nette augmentation constatée au cours de la crise sanitaire, au regard des temps d’écran accrus, que ce soit pour les loisirs, le travail ou les études. En 2020, la gendarmerie a ainsi enregistré une augmentation de 22 % du nombre de faits liés à la cybercriminalité par rapport à l’année précédente, pour un total de 100 161 faits. Si les trois-quarts sont des escroqueries, les menaces en ligne, ainsi que les propos diffamatoires, injurieux et haineux sur les réseaux sociaux (5 300 faits recensés) ont également explosé.

La gendarmerie a investi de longue date dans ce domaine, tant en termes de prévention que d’investigations, disposant ainsi aujourd’hui d’un réseau fort de plus de 6 700 enquêteurs numériques, répartis sur l’ensemble du territoire national, y compris en outre-mer : des enquêteurs qualifiés Correspondants en technologies numériques (C-NTECH) au niveau des brigades, en passant par les enquêteurs en technologies numériques spécialisés (NTECH) au niveau départemental, les antennes du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) dans les sections de recherches des chefs-lieux des Juridictions inter-régionales spécialisées (JIRS), qui passeront à court terme de 11 à 14, jusqu'à l’échelon national, avec le C3N et l’actuel département informatique (INL) de l’IRCGN, sur le très haut du spectre. Malgré cela, selon un sondage effectué par la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr à sa création, en 2017, seules 0,6 % des personnes interrogées savaient à qui s’adresser en cas de problème cyber, ce qui souligne l’importance de l’action entreprise par le Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN).

Lisibilité, coordination, cohérence et efficience

Pour que la gendarmerie gagne en lisibilité, en coordination, en cohérence et en efficience dans la lutte contre la cybercriminalité et soit prête à répondre à une potentielle crise, le général d’armée Christian Rodriguez, DGGN, dans le cadre de sa stratégie de transformation GEND 20.24, a donc souhaité rassembler l’ensemble des forces cyber de la gendarmerie sous un étendard unique : le COMCyberGEND, ou Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace.

Créé par arrêté du 25 février 2021, ce grand commandement, directement rattaché au DGGN, deviendra une formation administrative pleine et entière, avec une autonomie budgétaire propre, à compter du 1er janvier 2022.

« Aujourd’hui, tout porte à croire que la prochaine crise sera cyber. Les élections présidentielles en 2022, la présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022, la coupe du Monde de rugby en 2023, les J.O. de Paris en 2024, sont d’ailleurs autant de grands événements où il est certain que nous serons soumis à une menace cyber importante. Il y avait donc un vrai besoin de se coordonner et de monter en puissance. La mise en place de ce commandement, qui devient l’unique interlocuteur gendarmerie sur les questions cyber, est un vrai virage, une vraie accentuation voulue par le directeur général Christian Rodriguez, explique le général de division Marc Boget, qui a officiellement pris la tête du COMCyberGEND le 1er août. Aujourd’hui, il s’agit de renforcer et d’étendre les compétences que l’on détient déjà, mais surtout de mettre de la cohérence et de coordonner les actions, pour créer une vraie filière cyber, comme cela existe en P.J. classique. Le but est d'avoir une meilleure visibilité et d'apporter une vraie réponse face à la menace, comme on sait faire en gendarmerie, en exploitant nos forces, c’est-à-dire notre allonge dans les territoires, la capacité d’agréger les ressources face à un problème d’ampleur et celle de projeter une task-force au plus près d'un incident. Mon objectif est de faire en sorte que quiconque s’adresse à la gendarmerie, citoyen, TPE/PME ou collectivité, que ce soit dans une brigade ou via magendarmerie.fr, obtienne des réponses pertinentes. Que l’on sache, en cas de problème cyber, leur prodiguer les premiers conseils de prévention, en lien avec nos partenaires, les faire rappeler par un NTECH si besoin, de façon à les accompagner, par exemple en réalisant un audit et, éventuellement, en les orientant vers des prestataires externes si une remédiation est nécessaire. Puis, en cas de problème judiciaire, que l’on sache recueillir la plainte en bonne et due forme, car nous ne sommes pas sur des faits de délinquance classique, que l’on sache préserver les traces numériques, et que l’on mette en place une logique de subsidiarité, c'est-à-dire en faisant appel au NTECH, à une antenne du C3N pour l’appuyer si le dossier s’avère complexe, voire aux experts nationaux du C3N et de l’INL sur le haut du spectre. »
Un des mots d'ordre : la transversalité

L’un des mots d’ordre du COMCyberGEND est donc la transversalité. Il aura en effet une autorité fonctionnelle sur tous les CNTECH, les NTECH et les antennes du C3N (lesquels conservent leur autorité hiérarchique), et une autorité hiérarchique sur le C3N, l’INL, la brigade numérique/magendarmerie.fr et la plateforme Perceval. Il affectera par ailleurs un détachement permanent au sein du Centre national des opérations (CNO) de la DGGN, pour faire le lien, en cas de crise, avec le volet cyber.

La montée en puissance de la chaîne cyber se traduit par ailleurs numériquement avec, à terme, quelque 10 000 cyber-enquêteurs, et s’accompagne du recrutement désormais de 40 % d’officiers à profil scientifique, sans oublier la création des compagnies numériques, composées d'élèves-gendarmes identifiés comme ayant une appétence numérique et dont la compétence en la matière sera fortement accentuée.

Un effort sera parallèlement fait sur la formation, car « les ressources cyber sont très chères, dures à acquérir et à maintenir, d’où la nécessité de monter des partenariats avec les écoles spécialisées, que ce soit pour former les NTECH, comme on le fait déjà avec l’université de technologie de Troyes, ou les experts. Nous allons donc travailler sur la formation de nos militaires, tant en formation initiale qu’en formation continue, et ce, en nous appuyant sur nos partenariats mais aussi sur nos réservistes cyber. »

Une attention particulière sera par ailleurs portée aux personnels des Sections opérationnelles de lutte contre les cybermenaces (SOLC), dont une partie détient des compétences SIC (Systèmes d’information et de communication) pures. « En coordination avec le ST(SI)² et la direction des personnels militaires, nous allons identifier les compétences nécessaires à chaque niveau, pour pouvoir mettre en œuvre les actions de formation idoines pour que ces sous-officiers puissent acquérir les compétences nécessaires. »

Réservistes citoyens et opérationnels, partie intégrante de la communauté cyber

Preuve supplémentaire de la montée en puissance de la filière Cyber, un bureau de la réserve cyber a vu le jour au sein du commandement des réserves de la gendarmerie, regroupant l’ensemble des réservistes citoyens et opérationnels œuvrant dans le domaine. « L’objectif est de mettre en place une véritable communauté cyber intégrant pleinement les réservistes, que ce soit dans les actions de réflexion ou d’animation. De nombreuses initiatives intéressantes sont menées dans les régions, notamment en matière de prévention ou d’accompagnement des victimes. Des outils, des supports sont mis au point, mais restent cantonnés à leur périmètre. L’idée est de pouvoir en avoir connaissance, afin de les relayer, peut-être en les enrichissant d’autres réflexions. »
Une politique partenariale étendue

Pour atteindre ses objectifs, le COMCyberGEND s’appuiera également sur une politique partenariale étendue avec l’ensemble des acteurs gravitant dans le domaine cyber, à l’instar des grands industriels du secteur, du GIP ACYMA, opérant le site cybermalveillance.gouv.fr, émanation de l’ANSSI, mais aussi avec l’Éducation nationale, par exemple pour travailler sur la problématique du cyberharcèlement, les grandes écoles et les universités dans le domaine de la formation, les associations professionnelles, telle l'Association des agents d’assurances, lesquels se retrouvent souvent démunis quand leurs clients sont victimes de rançongiciels, ou encore les associations d’élus.

De nombreux partenariats ont d’ores et déjà été conclus et d’autres le seront très prochainement. Le ministre de l’Intérieur, l’Association des maires de France (AMF) et Cybermalveillance.gouv.fr vont, par exemple, cosigner prochainement un courrier tripartite à l’adresse des maires, afin de leur proposer de réaliser une auto-évaluation de leur état d'exposition au risque cyber (immunité Cyber). L'objectif est de permettre aux collectivités de dresser un état des lieux de leur niveau de protection et, en fonction, de prendre contact avec la gendarmerie pour obtenir des conseils, voire de l’aide.
Des divisions dédiées à quatre fonctions principales

L’état-major du COMCyberGend se compose de quatre divisions dédiées à quatre fonctions principales :

- la division proximité numérique, traitant les volets prévention et proximité, inclut notamment la Brigade numérique et la plateforme Perceval (infractions impliquant les cartes bancaires) ;

- la division enquêtes numériques, autrement dit les experts du C3N, appuyés par les enquêteurs des antennes du C3N et les NTECH des groupements, comprend notamment des groupes dédiés aux cryptoactifs, aux enquêtes complexes, au Darkweb, aux enquêtes en sources ouvertes, aux atteintes aux mineurs, à la pédopornographie, etc., en mesure de travailler sur des enquêtes d’initiative ou en appui des unités de terrain. Ces missions, déjà réalisées par le C3N, seront donc amplifiées, avec notamment une implication renforcée des antennes C3N. Par ailleurs, les enquêtes cyber comprenant la plupart du temps un volet économique, les Fintech, enquêteurs financiers spécialisés sur les problématiques cyber, seront renforcés au niveau central, en mesure d’appuyer, dès que de besoin, les unités de terrain ;

- la division de l’appui aux opérations numériques, c’est-à-dire les experts techniques de l’INL, à même de se projeter, de fournir une aide à la relation avec les acteurs de l’Internet, de développer des outils d’investigations, etc. ;

- et enfin, la division stratégie, prospective et partenariats.

L’état-major du COMCyberGEND sera concrètement implanté sur le Cybercampus, à la Défense, aux côtés de l’ensemble des acteurs français, étatiques comme privés, du monde du cyber (formation, recherche, etc.). Les échanges réguliers nés de cette proximité permettront à la gendarmerie de progresser dans tous les domaines, afin d’apporter une réponse globale.

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2021/comcybergend-la-gendarmerie-monte-en-puissance-face-a-la-menace-cyber

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La sécurité des clouds, un enjeu de taille en matière cyber
Auteur : le chef d'escadron Sophie Bernard - publié le 17 juillet 2022


À la suite du défilé du 14 juillet 2022, où les enquêteurs cyber de la gendarmerie ont été mis en avant, Gendinfo s’intéresse à la sécurité des clouds. Ces « nuages » de données stockées à distance sont devenus un outil essentiel pour les internautes, d’autant plus avec l’accroissement du télétravail. Ils génèrent néanmoins des risques contre lesquels il s’agit de se prémunir.

En 2021, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a recensé 1 082 intrusions avérées dans des systèmes d’information, soit trois intrusions par jour et une augmentation de 37 % par rapport à 2020. Parmi les failles de mieux en mieux exploitées par les cybercriminels, l’agence pointe du doigt les « clouds computing », ces fameuses technologies de « l’informatique en nuage » permettant de stocker des données à distance. « La crise sanitaire ayant accéléré son usage dans les secteurs public et privé, l’utilisation généralisée du cloud augmente mécaniquement le niveau de menace et la surface d’attaque. En effet, des défauts de sécurisation des données sont encore trop souvent constatés », souligne l’agence.
Nuage gris sur Pontivy

Pour preuve, l’intrusion constatée l’année dernière sur le cloud d’un lycée à Pontivy (56). Du jour au lendemain, la plateforme ouverte à l’administration, aux équipes pédagogiques, aux élèves et à leurs parents, s’est retrouvée infestée d’images pornographiques placées au beau milieu des organigrammes de l’établissement.

Chargé d’accueil à la brigade de la commune ce jour-là, le gendarme Patrick a reçu le proviseur adjoint du lycée pour enregistrer sa plainte. « En unité, les plaintes liées au cyber sont de plus en plus récurrentes, notamment lorsqu’il s’agit d’escroquerie en ligne », remarque-t-il. Mais cette fois-ci, les faits sortent quelque peu de l’ordinaire et nécessitent des connaissances plus poussées en informatique. Une chance, presque deux auparavant, Patrick a été formé Correspondant nouvelles technologies (C-NTECH) et correspondant sûreté. « Ces formations m’ont beaucoup aidé, car à la base je n’y connaissais rien. Finalement, c’est très impressionnant tout ce qu’il est possible de faire en cyber pour un enquêteur. »

Dans un premier temps, le cloud comptant habituellement plus de 1 000 utilisateurs a été bloqué.

Après avoir contacté le gestionnaire du parc informatique du lycée, Patrick a pu récupérer les coordonnées I.P. de l’appareil s’étant introduit frauduleusement sur le cloud. « J’ai lancé une réquisition pour géolocaliser l’appareil et je suis remonté à la borne wifi d’un élève. » Il s’avère que celui-ci cohabitait avec ses parents et sa petite amie, avec qui il avait partagé ses codes de connexion au cloud. « Mes soupçons se sont très vite portés sur cette jeune fille, qui a fini par avouer les faits lors d’une audition. Très jalouse de son compagnon, elle avait voulu se venger de lui en déposant d’abord à sa place des examens bâclés sur le cloud, puis en transférant des images pornographiques afin qu’il soit inquiété », raconte l’enquêteur. Celle-ci a finalement écopé d’un rappel à la loi pour accès et usage frauduleux, des infractions à distinguer du revenge porn, qui aurait pu être retenu si le petit ami était apparu dans le contenu pornographique. De son côté, Patrick a eu l’honneur de défiler sur les Champs-Élysées, ce jeudi 14 juillet, parmi les autres enquêteurs cyber.

L’indice de confiance

« Devenues l’affaire de tous, les cyberattaques n’épargnent aucun secteur d’activité. Tous les acteurs, qu’ils soient publics ou privés, ont la main sur tous les outils pour y faire face : mettre en œuvre les mesures de cybersécurité adaptées, élever leur niveau de vigilance, sensibiliser leurs collaborateurs aux risques et s’exercer à la réaction en cas d’attaque », signale l’ANSSI.

Qu’il s’agisse d’une entreprise, d’un établissement public, comme ce lycée, ou d’un particulier, il est ainsi primordial de se prémunir contre les risques liés au cyber, et plus particulièrement à l’utilisation du cloud. À cette fin, la CNIL recommande de bien connaître son outil de travail, notamment la localisation géographique des serveurs qui vont héberger ses données. Pour y voir plus clair dans le champ des prestataires, l’ANSSI a souhaité accompagner les usagers, dès 2016, en attribuant un label SecNumCloud aux opérateurs cloud respectueux des bonnes pratiques en matière de sécurité. Dans sa liste, l’agence fait ainsi figurer les « clouds de confiance » dont elle a validé les différents aspects techniques et juridiques. Enfin, au-delà du choix de l’outil, il convient d’adopter certaines bonnes pratiques dans le cadre de son utilisation : renforcer le processus d’identification des utilisateurs et les distinguer des administrateurs, chiffrer les données sensibles, effectuer les mises à jour logicielles du cloud, afin d’appliquer les correctifs de sécurité, ou encore sauvegarder ces mêmes données hors ligne car, malgré toutes les précautions, aucun réseau n’est impossible à pénétrer.

Source :  https://www.gendinfo.fr/actualites/2022/la-securite-des-clouds-un-enjeu-de-taille-en-matiere-cyber

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À l’attaque des pirates avec la cellule cyber de la gendarmerie maritime
Auteur : le chef d'escadron Sophie Bernard - publié le 16 juillet 2022

Parmi les gendarmes défilant sur les Champs, ce jeudi 14 juillet 2022, se trouvait un enquêteur appartenant à la cellule CYBERGENDMAR. Cette poignée d’experts, exerçant au sein de la Section de recherches de la gendarmerie maritime (S.R. GMAR), lutte contre les cybercriminels qui voguent aussi bien sur la Toile que sur l’eau. Retour sur leurs missions face à cette délinquance très spécifique.

Si les « pirates » contemporains agissent davantage derrière un ordinateur qu’à bord d’un bateau, la frontière est en réalité ténue. Repérant les activités les plus prospères afin de s’y attaquer, ils n’ont pas tardé à comprendre que le secteur maritime était devenu une vraie manne financière en tant que troisième secteur économique mondial en termes de rentabilité.
Une cellule à double casquette

Face à ce phénomène, la gendarmerie maritime s’est adaptée à la menace en créant, dès 2018, une cellule nationale cyber maritime baptisée « CYBERGENDMAR ». Composée de quatre enquêteurs ayant des compétences maritimes et étant spécialistes en Nouvelles technologies (NTECH), elle est basée dans les locaux de la S.R. GMAR de Toulon. En lien à la fois avec le magistrat responsable des affaires de la mer et le magistrat spécialisé cyber, ces gendarmes réalisent des enquêtes judiciaires ayant un caractère cyber auprès de tout acteur maritime, à terre comme en mer.

La cellule s’appuie aussi sur un réseau de 42 Correspondants NTECH (C-NTECH), répartis sur l’ensemble des façades maritimes françaises, qui permettent d’intervenir en priorité en cas d’urgence. La compétence maritime des enquêteurs leur permet de bien connaître le réseau des partenaires et des victimes potentielles, mais aussi de maîtriser la législation très spécifique en la matière. Forts également de leur qualité de NTECH, ils s’informent des nouvelles cybermenaces, analysent les données des instruments de bord, cherchent les éventuelles failles des systèmes et conseillent les nombreux acteurs en la matière.

Le transport maritime, première victime

Parmi ces derniers, les cybercriminels visent aujourd’hui en priorité les sociétés de transport maritime. Assurant déjà 90 % des échanges commerciaux internationaux, la crise sanitaire a intensifié leur activité avec une diminution des liaisons routières et aériennes. Attirés par les bénéfices de ces entreprises, les cybercriminels cherchent à bloquer leurs opérations commerciales ou à nuire à l’exploitation de leurs navires, avant de demander une rançon contre la remise en l’état du système. « Cela nécessite des compétences très pointues et un long travail d’étude en amont, puisqu’ils vont à chaque fois adopter un mode d’action spécifique à leur cible. Ils cherchent les failles de l’entreprise et adaptent leurs outils en conséquence, explique l’adjudant-chef Stéphane F., chef de la cellule et pionnier en la matière. Chacun a un rôle précis dans le groupe criminel : l’un va créer le virus, un autre va le diffuser, un troisième se chargera de demander la rançon en cryptomonnaie, un autre de la réinvestir pour blanchir, etc. » Certains pirates poussent même le vice jusqu’à proposer à l’entreprise un livret de conseils, à l’image d’un audit, moyennant finance bien sûr ! « Finalement, c’est une course sans fin entre les chercheurs en solutions informatiques, les développeurs d’antivirus, les pirates et nous», résume le gradé.

Très souvent, la société va s’empresser de payer la rançon pour éviter de supporter un arrêt prolongé de son activité qui lui coûterait plus cher. Elle va également préférer ne pas déposer plainte afin de ne pas risquer de ternir son image auprès de ses clients et perdre leur confiance. « Nous devons les convaincre de déposer plainte, car non seulement elles subissent un dommage mais, bien souvent, elles ne sont pas les seules victimes. Cela permet ensuite de regrouper les entreprises touchées pour remonter plus facilement vers le pirate. » Heureusement, la cellule CYBERGENDMAR est de plus en plus reconnue dans le milieu maritime et portuaire, notamment à travers son partenariat avec le syndicat professionnel GYCAN, qui fédère plus de 250 industriels et organisations du secteur. Les sociétés n’hésitent pas à faire appel à elle, que ce soit à la suite du défacement de leur site Web, d'une escroquerie par faux ordres de virement, ou d'un ransomware, comme ce fut le cas pour l’armateur CMA-CGM en 2020. Mais les cybercriminels voient toujours plus grand et commencent déjà à s’attaquer aux ports, points internationaux stratégiques en matière de logistique.
Quand la menace cyberterroriste plane sur l’océan

Au-delà de l’intérêt financier qui se cache derrière ces cyberattaques de sociétés, la cellule CYBERGENDMAR se prépare également à d’autres menaces liées à ces pirates des temps modernes, à l’instar d’une cyberattaque terroriste visant le milieu maritime. « Nous travaillons de plus en plus sur des scénarios cyber en matière de contre-terrorisme. En s’introduisant, par exemple, dans le système informatique embarqué d’un navire, les pirates pourraient lui faire changer de cap, couper son identification sur les radars des autres bateaux, ouvrir ses portes en pleine mer, contaminer l’eau distribuée à bord, etc. »

La menace est d’autant plus importante que les navires comportent de plus en plus de systèmes informatiques embarqués, sans pour autant que soient prises en compte leurs vulnérabilités. Les constructeurs navals n’hésitent d’ailleurs pas à développer encore davantage la présence de l’intelligence artificielle, sur le navire et à terre, afin de limiter au maximum le nombre d’individus à bord. Rolls-Royce a ainsi conçu, il y a quatre ans, un navire de patrouille autonome. Destiné avant tout aux forces marines, il pourrait évoluer en mer sans équipage, avec des drones autour pour le sécuriser.

Aussi, la cellule participe à des exercices cyber d’ampleur, notamment avec le pôle des opérations aéronavales de la Marine nationale, afin d’associer ses compétences cyber et judiciaires au savoir-faire des forces armées. Les enquêteurs interviennent en particulier pour effectuer le gel des lieux numérique, ainsi que pour recueillir les preuves, traces et indices à bord et sur les personnels concernés.

Une double expertise au service de l’enquête

Mises à part ces nouvelles menaces, la double compétence des enquêteurs de la cellule s’avère essentielle dans les dossiers les plus courants. Elle est souvent sollicitée dans le cadre d’accidents, pour déterminer la localisation de l’épave et les circonstances exactes, mais aussi dans la lutte contre les nombreux trafics empruntant la mer (stupéfiants, armes, êtres humains, biens culturels, etc.). « Pour des trafiquants de stupéfiants, il n’y a rien de mieux qu’un bateau de plaisance pour transporter de la drogue tout en passant inaperçu dans un port. Grâce à notre double casquette (NDLR : NTECH et GMAR), nous allons pouvoir démontrer l’existence d’un trafic organisé, en analysant les instruments de bord, leurs tablettes et téléphones portables, mais également en utilisant les cartes marines pour déterminer leur trajet et les potentiels lieux de livraison », explique l’adjudant-chef.

La bonne connaissance du milieu maritime permet aux enquêteurs de requérir les partenaires adéquats pour obtenir les données recherchées : polices étrangères, ports étrangers, satellites maritimes (spécifiques aux communications en mer), etc. Si certains délinquants peuvent tenter de fausser les données des instruments de bord, les enquêteurs savent aussi repérer ce type de malversations.

Face à ces nombreux enjeux, la cybersécurité en milieu maritime est devenue, en quelques années, une priorité nationale. En 2018, le Comité interministériel de la mer (CIMER) a annoncé la création d’un centre national de coordination de la cybersécurité pour le monde maritime. En attendant, l’association « France Cyber Maritime » a été mise en place, afin de réunir et d’informer tous les acteurs concernés en la matière. La CYBERGENDMAR est ainsi membre de son M-CERT (Maritime Comprostituéer Emergency Response Team), qui centralise tous les incidents cyber du secteur maritime et favorise le partage d’informations entre les acteurs. Par ailleurs, les enquêteurs de la cellule continuent de se former, en lien avec l’école navale et la chaire de cybersécurité navale de Brest, tout en échangeant sur le sujet à l’international. À ce titre, elle est notamment intervenue, en juin dernier, lors d’une table ronde organisée au Cameroun, pour présenter les enjeux de la cybersécurité des ports d’Afrique

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2022/a-l-attaque-des-pirates-avec-la-cellule-cyber-de-la-gendarmerie-maritime