Auteur Sujet: Cold cases : quand la justice réchauffe les vieux crimes.  (Lu 1512 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne Jeano 11

  • Administrateur
  • *****
  • Messages: 7082
  • Sexe: Homme
  • Retraité
Depuis deux ans, les affaires criminelles emblématiques non résolues sont spécialement traitées au sein du pôle « cold cases », à Nanterre.
Près de quatre-vingts dossiers sont rouverts et gérés par trois magistrates exclusivement dédiées à ces affaires hors normes. Dernièrement, c’est en Ariège qu’un suspect a été arrêté, seize ans après les faits.

C’est tout sauf du hasard. Seize ans après la mort d’une joggeuse, Caroline Marcel, 45 ans, tuée dans le Loiret en 2008, un suspect est retrouvé en Ariège, le 16 janvier dernier. Cet homme de 34 ans, confondu par son ADN était inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS). Il avait 18 ans au moment des faits. Miracle judiciaire ?

A Pamiers, une clé retrouvée dans la poche
Cette affaire faisait partie depuis mai 2022 de la liste des « cold cases », ces affaires non élucidées gérées depuis deux ans par un pôle spécialisé, basé à Nanterre (Hauts-de-Seine). C’est l’examen attentif d’un scellé qui a permis à la justice de résoudre cette énigme criminelle. Une clé retrouvée dans la poche de la victime dont le corps était immergé dans l’eau a fait l’objet d’un réexamen. Le résultat de cette nouvelle expertise a de suite orienté les enquêteurs vers la piste de cet ancien paysagiste, domicilié en Ariège et qui se dit innocent. Il a été localisé non loin des lieux du crime en 2008.

Depuis mai 2023, une autre affaire ressort des placards. À Abi, une septuagénaire a été mise en examen pour « meurtre sur personne vulnérable » et placée en détention provisoire, près de 10 ans après les faits.

Le 2 juin 2014, elle donne l’alerte après la découverte du corps sans vie de son voisin. Un homme de 54 ans, souffrant de problème de santé et dont elle s’occupait quotidiennement. Pour les policiers tarnais, une mort accidentelle ne fait aucun doute. Mais la famille de la victime ne lâche rien, se constitue partie civile et demande la réouverture de l’enquête. Après dessaisissement du parquet d’Albi au profit du pôle criminel toulousain, les investigations sont confiées aux gendarmes de la section de recherche qui reprennent l’affaire depuis le début. Les constatations médico-légales s’avèrent incompatibles avec un accident fatal. La victime a les côtes cassées impliquant nécessairement l’implication d’un tiers. Résultat : près de 10 ans après, cette voisine de 70 ans, déjà connue pour escroquerie, attend son procès en prison.

Le "Grêlé" est l'exemple parfait
Il faut désormais s’habituer à ce genre de rebondissement. Les vieilles affaires criminelles ne sont pas toutes vouées à sombrer dans l’oubli. Le dossier du « Grêlé » en est l’exemple parfait. La justice retrouve la trace de cet homme, François Vérove, ancien policier et ancien gendarme dont le visage est marqué par des cicatrices, 35 ans après ses premiers crimes. Il a mis fin à ses jours avant son interpellation, en septembre 2021, dans le Gard. Son profil génétique avait « matché » dans plusieurs dossiers de crimes en série commis en région parisienne dans les années 80 et 90. Malgré sa mort, son parcours est toujours étudié par le pôle « cold case » pour tenter d’identifier de nouvelles victimes. La juridiction de Nanterre travaille, aujourd’hui, avec trois magistrates dédiées à la résolution d’affaires complexes et toujours sans réponse : la disparition de Marion Wagon, à Agen, en 1996, le quadruple meurtre de Chevaline, en septembre 2012, font partie des soixante-dix-sept dossiers non élucidés et repris depuis mars 2022. Des affaires qui peuvent rebondir plusieurs années plus tard. Notamment à la faveur d’un nouvel examen de scellés rendu possible par les progrès technologiques permettant une meilleure exploitation d’un ADN. Dans ce type de dossiers, les enquêteurs plaquent un regard neuf en reprenant toutes les pièces du puzzle sous l’impulsion entêtée des juges. Ils reconstituent aussi l’ensemble du parcours de vie d’un criminel, ses différents lieux de résidence pour les croiser avec des dossiers de disparitions ou de crimes non résolus. C’était déjà le cas pour le tueur en série Michel Fourniret.

Chaque année en France, on recense 800 à 900 homicides. Près de 80 % de ces crimes sont élucidés et jugés devant les tribunaux. Les 20 % restants sont classés “cold cases” après dix-huit mois d’enquête sans résolution. Depuis 2017, la durée de la prescription pour les homicides est de 20 ans après le dernier acte d’enquête.


Hors ligne Jeano 11

  • Administrateur
  • *****
  • Messages: 7082
  • Sexe: Homme
  • Retraité
Re : Cold cases : quand la justice réchauffe les vieux crimes.
« Réponse #1 le: 28 janvier 2024, 15:38:11 »
Cold cases : retour vers le futur pour identifier les criminels
Inaugurée le 9 octobre 2020, la division cold cases, rebaptisée DIANE au printemps 2021, pour DIvision des Affaires Non Elucidées, a pris place au sein du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN).
Elle s’appuie sur des gendarmes issus de différentes spécialités du pôle pour étudier avec un œil neuf des procédures non élucidées particulièrement complexes. Elle consiste également à mettre à profit les dernières avancées d’analyse criminelle et scientifiques afin de tenter de les résoudre.

Les « disparues de l’A26 », la « petite martyre de l’A10 », plus récemment l’affaire « Maëlys » et celle d’ « Estelle Mouzin »… Autant d’histoires glaçantes restées sans réponse durant plusieurs années. À l’image de la fameuse série américaine, la gendarmerie nationale a souhaité faire en sorte que ces cold cases ne tombent pas dans l’oubli. Mais la comparaison s’arrête là.

Un collège d’experts dédié
Inaugurée le 9  octobre dernier, la Division cold cases (DCC), rebaptisée DIANE au printemps 2021, pour DIvision des Affaires Non Elucidées, ne doit pas s’entendre comme une brigade criminelle dépoussiérant des archives, mais plutôt comme un collège d’experts pluridisciplinaire apportant un regard neuf. Elle fait appel aux enquêteurs de la Division atteintes aux personnes (DAP), aux analystes comportementaux du Département des sciences du comportement (DSC) et aux Analystes criminels (AnaCrim).
 
À la lumière des dernières innovations scientifiques, ils peuvent également s’appuyer sur les 48 spécialités représentées au sein de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). La DIANE n’a aujourd’hui aucun équivalent en France, mais échange régulièrement sur le sujet avec des homologues étrangers (Pays-Bas, Angleterre, etc.). À l’origine de ces prouesses techniques, il y a avant tout un enjeu humain. Derrière chacune de ces affaires se trouvent en général des familles de victimes en attente de réponses, souvent soutenues par des associations ou des avocats spécialisés, mais aussi des criminels susceptibles de récidiver. Après avoir recensé environ 80 dossiers susceptibles d’être rouverts, la gendarmerie crée, en 2016, un Plateau d’investigation des affaires non résolues (PIANR). Mais c’est véritablement l’année suivante, dans le cadre de la cellule Ariane, que l’Institution confirme l’efficacité de sa méthode ! Regroupant des enquêteurs du PJGN et des Sections de recherches (S.R.) de Grenoble, Chambéry et Reims, cette structure voit le jour à la suite de la disparition de la petite Maëlys. Elle a vocation à centraliser toutes les informations liées à Nordhal Lelandais et à les analyser (soit 900 dossiers étudiés) pour retracer son parcours d’auteur. De là, des enseignements sont tirés et la DCC naît en 2020, basée sur certains grands principes : concentrer les moyens à travers une approche pluridisciplinaire, regroupant l’ensemble des composantes de la gendarmerie, porter un nouveau regard, sans refaire l’enquête mais en adoptant une culture du rapprochement, récupérer l’ensemble des archives et scellés, pour éventuellement analyser de l’ADN ou utiliser de nouvelles technologies. Mais si l’expertise de la DIANE et l’accélération du progrès scientifique permettent parfois d’envisager de nouvelles pistes, les gendarmes agissent avec prudence, pour éviter l’emballement médiatique et ne pas aggraver la charge émotionnelle des proches.

Échec et mat
Lorsque l’auteur finit par être identifié, la partie d’échec peut commencer, et c’est le plus malin qui gagne ! Là encore, toutes les compétences de la DIANE permettent de venir en appui de l’unité saisie à l’origine. Les analystes comportementaux aident les enquêteurs à bien cerner la personnalité de l’auteur et son crime. De là, ils établissent une stratégie de garde à vue, pour que le dialogue soit fluide et permette de recueillir un maximum d’informations, voire des aveux. Pour mener à bien les auditions lors de la garde à vue, les enquêteurs de la DAP se mettent en doublon avec ceux de l’unité locale, afin de faire le trait d’union entre les deux phases d’enquête. Enfin, à la lumière des dires de l’individu et des nombreuses données analysées, il s’agira éventuellement de reprendre tout son parcours de vie, afin de s’assurer que d’autres crimes n’ont pas été perpétrés !

Source : https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/dossiers/criminalistique-le-futur-des-a-present/cold-cases-retour-vers-le-futur-pour-identifier-les-criminels