Auteur Sujet: Le big data au service de la gendarmerie  (Lu 256 fois)

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Le big data au service de la gendarmerie
« le: 02 juillet 2020, 10:58:41 »
Les données informatiques représentent une véritable valeur ajoutée pour la gendarmerie. Elles permettent de faciliter l’aide à la décision et d’offrir une meilleure lecture de situation, que ce soit en préparation d’une mission ou pour le gendarme sur le terrain. Dans sa stratégie de la donnée, la gendarmerie nationale veut structurer ce flux toujours plus important et, surtout, se préparer aux prochaines innovations de rupture, qui risquent de bouleverser le quotidien.

Les données numériques sont-elles désormais plus valorisées que le pétrole ? Difficile à dire, tant les indicateurs diffèrent. Il n’existe en effet pas de cours officiel de la data, contrairement à l’or noir. Mais le oui à cette question pourrait l’emporter. À l’heure actuelle, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont en effet cinq fois plus cotées en bourse que Total. Et pas besoin d’être un analyste financier du CAC 40 pour s’apercevoir de la prédominance qu’ont prise les données dans nos vies personnelles et professionnelles. Elles sont partout, dans tous nos objets connectés, de nos smartphones à nos titres de transport.

Et le futur augure un tsunami : l’Internet des objets et la 5G (cinquième génération des standards en matière de téléphonie mobile), pour ne citer qu’eux, multiplieront le nombre de datas disponibles. « La donnée peut nous étouffer tant elle est massive », avertissait le 19 décembre dernier, le général d’armée Christian Rodriguez, dans son discours prononcé à l’occasion du séminaire de commandement. D’où la volonté du Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) « d’aller vers une stratégie de la donnée. »
Une mise à jour permanente

Officiellement lancée durant le premier séminaire de commandement du nouveau DGGN, la stratégie de la donnée n’a, pour l’instant, de nouveau que le nom. Le général d’armée Rodriguez le reconnaissait volontiers lui-même : « En fait, rien de révolutionnaire. Cela fait des années que nous pilotons de la donnée et que nous progressons en valorisant de la donnée. » En matière judiciaire, le Système d’analyse des liens de la violence associée aux crimes (SALVAC), puis l’Analyse criminelle (ANACRIM) ont notamment contribué au fait que « nos succès sur les crimes de sang ou les cold cases sont le fruit d’une stratégie de la donnée. »

D’autres exemples attestent de l’exploitation des datas dans le quotidien du gendarme, notamment en termes de mobilité. Outre la création, en 2015, de l’Observatoire central des systèmes de transports intelligents (OCSTI), plusieurs autres expérimentations ont été mises en œuvre, comme « Géosuivi », un système d’affichage des données de géolocalisation en temps réel sur NÉOGEND.

Depuis peu, la gendarmerie expérimente également des échanges de données avec un opérateur cartographique. Ainsi, le centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie reçoit en temps réel les informations opérationnelles sur des incidents majeurs de la circulation routière et peut également passer des messages de prévention auprès des automobilistes.

Cette mise à jour permanente nécessite une coordination et, surtout, une vision. D’où le besoin de concevoir une stratégie de la donnée. C’est pourquoi, face aux flux de données de plus en plus nombreux, le service de la transformation structure une stratégie de la donnée pour améliorer l’information opérationnelle, éclairer les prises de décisions et valoriser les données, tant en interne qu’en externe.
Gendarme-data

Alors concrètement, quel changement apportera cette stratégie de la donnée dans le quotidien des gendarmes  ? L’idée première étant de valoriser la data, elle devra donc répondre à des besoins, comme celui de bénéficier d’informations enrichies. Ainsi, la logique de la numérisation de l’espace d’opération (NEOPS) aura vocation à structurer toute l’information disponible au niveau des centres de commandement, mais aussi à proposer, au niveau tactique et élémentaire, une information adaptée.

Autre évolution, les données produites par la gendarmerie ou ses partenaires ne pourront qu’augmenter, tant en termes de quantité que de qualité. Elles s’imposeront comme le carburant des logiciels d’aide à la décision, notamment grâce à des outils de plus en plus dynamiques : data-visualisation en temps réel, analyse décisionnelle tournée vers l’avenir (en matière de cambriolage par exemple) et optimisation des moyens, comme ce que propose déjà le logiciel dédié au pilotage du Dispositif de gestion des événements (DGE). En outre, l’augmentation des données collectées ou produites par chaque gendarme dans les systèmes d’information améliorera amplement la qualité des diagnostics, pour ajuster au mieux la réponse opérationnelle.

Mais surtout, les datas sont essentielles pour développer une politique d’Intelligence artificielle (I.A.). Un grand nombre de données sont nécessaires pour permettre à un ordinateur de reproduire certaines actions du cerveau humain. Le DATA-LAB du Service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure ST(SI)2 mène ainsi un projet de recherche et d’innovation visant à faciliter le signalement en ligne de faits délictuels. L’ambition est d’apprendre à la machine à qualifier automatiquement le fait, permettant, demain, de poser automatiquement les questions appropriées, et donc de faire gagner du temps à l’usager comme au gendarme.
L’usager, justement, est l’autre gagnant de cette stratégie de la donnée. Le tableau des horaires d’ouverture des brigades de gendarmerie, créé par les commandants d’unité sous PULSAR Service, est désormais disponible en sources ouvertes. Tous les opérateurs cartographiques, tels que SoLocal, Mappy ou Pages Jaunes, pour ne citer qu’eux, réutilisent ces données et les affichent sur leurs services aux usagers. La stratégie de la donnée irriguera progressivement tous les métiers de la gendarmerie : missions opérationnelles, mais aussi ressources humaines, finances et logistique.

Cette omniprésence pourrait effrayer, tant les gendarmes que la population qu’ils servent. L’enjeu de l’acceptation de ces nouveaux outils technologiques par notre société repose donc sur l’équilibre entre le besoin opérationnel du terrain et la préservation des libertés individuelles. C’est pour répondre à ce dilemme que la gendarmerie intègre dorénavant les contraintes juridiques et techniques de protection des données individuelles dès la conception de ses nouveaux projets informatiques.

Source : https://www.gendinfo.fr/dossiers/gend-20.24-pour-la-population-par-le-gendarme/le-big-data-au-service-de-la-gendarmerie