Auteur Sujet: L’entomologie légale : les insectes au service de l'enquête  (Lu 1001 fois)

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Hors ligne Jeano 11

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Un cadavre en décomposition est souvent synonyme de présence d’insectes, le corps constituant un substrat nutritif pour les insectes nécrophages. En conditions favorables, la colonisation entomologique peut survenir rapidement après le décès. Ce phénomène naturel est utilisé en criminalistique pour estimer la date de la mort d’une victime.

L'entomologie, qu'est-ce que c'est?

L’entomologie légale constitue l’ensemble des interactions entre les insectes et la justice. Ses applications sont multiples : détermination de l’origine géographique d’une marchandise, mise en évidence de mauvais traitement à animaux ou protection des espèces protégées par des conventions nationales, communautaires ou internationales (convention de Washington). Néanmoins cette discipline reste très majoritairement consacrée à l’étude des insectes nécrophages pour l’estimation du délai post mortem.

Pourquoi les insectes ?

Les insectes sont essentiels dans toutes les chaînes alimentaires et peuvent être associés à la décomposition de tissus organiques (insectes saprophages et nécrophages). Possédant pour certains des cycles courts de développement (Diptères) associés à un régime alimentaire et un processus de colonisation particulier des carcasses animales ou cadavres humains, c’est tout naturellement que les insectes nécrophages sont rentrés dans le domaine des sciences forensiques.

Les différentes étapes du processus

Lorsque la mort survient, aux phénomènes consécutifs à l’arrêt des activités vitales (ex. rigidité, déshydratation, acidification) apparaissent également des transformations qui vont générer d’importantes modifications au sein du corps : autolyse cellulaire, autodigestion et putréfaction.

Les insectes nécrophages occupent une part active au cours de ce processus conduisant à la réduction squelettique. Leurs antennes sont munies de puissants chimiorécepteurs capables de capter des molécules odorantes, favorisant l’accouplement, la reproduction (phéromones sexuelles), mais surtout pour repérer une source de nourriture, en l’occurrence un cadavre. Leur rapidité de locomotion (vol…) permet à certains diptères (mouches) mais également à des coléoptères, lépidoptères et autres arthropodes de coloniser un cadavre humain ou animal. Le Dr Pierre Mégnin (1894) donnera à cette microfaune nécrophage le nom de travailleurs de la mort.

Ce processus de colonisation débute par une ponte d’œufs de Diptères dans des zones privilégiées, à savoir les yeux, les orifices naturels, les blessures et les plis cutanés. Le cycle de développement des Diptères comprend une phase d’incubation (stade œuf) suivie de l’éclosion d’une jeune larve de stade 1 qui va croître en se nourrissant et muer pour atteindre le deuxième puis troisième stade larvaire. Pour préparer sa nymphose ou métamorphose, la larve cesse de s’alimenter et migre hors de son substrat  afin de se protéger des éventuels prédateurs et de la lumière. Elle s’immobile alors et forme une enveloppe protectrice rigide qui constituera le puparium. A l’intérieur de ce « cocon », la nymphe (pupe) acquiert progressivement les caractères de l’adulte. Lorsque la métamorphose est achevée, l’imago (insecte parfait) s’extrait du puparium pour s’envoler vers un nouveau cycle de vie, une fois ses ailes séchées.

Les Diptères ne sont pas les seuls colonisateurs, car d’autres ordres suivent comme les Coléoptères, voire les Lépidoptères. Il existe en effet un processus de colonisation chronologique d’un cadavre dès le décès et jusqu’à la réduction à l’état de squelette. Outres les insectes nécrophages stricts, sont retrouvés des prédateurs, des parasites, des omnivores ou des opportunistes. Tous ces insectes vont donc se succéder sur le corps en fonction de son état d’altération.
 
Comment cela se passe-t-il concrètement ?

L’estimation de l’intervalle post mortem (IPM) peut s’avérer primordiale dans une enquête, dont elle constitue parfois le point de départ. Lors de la découverte d’un corps, les entomologistes ou des techniciens en identification criminelle formés procèdent à la récolte de ces indices très particuliers. Une partie des échantillons doit parvenir vivante au département. Il s’agit de stades immatures (larves, pupes) qui sont mis en élevage pour achever leur cycle de développement dans des conditions de laboratoire.

Après identification des différentes espèces, par observation au stéréomicroscope, en microscopie optique mais aussi parfois grâce à leur ADN, il est procédé à l’analyse de l’ensemble des données afin de déterminer, par différents types de modèles mathématiques, et avec la plus grande précision possible, la période de ponte des premiers insectes (Diptères) ayant colonisé le corps.

Les experts de l'entomologie

Crée en 1992, l’unité d’expertise entomologie légale de ce département est composée de cinq spécialistes constituant ainsi la plus importante structure en Europe entièrement dédiée à cette discipline. Depuis, elle a produit plus de 1500 expertises au profit de requérants français mais aussi étrangers, intervient régulièrement sur le terrain et  témoignent à des procès d’assises. Le département participe à la formation des techniciens de la gendarmerie et de la police nationale chargés des prélèvements et à la sensibilisation les enquêteurs et des magistrats aux possibilités de cette technique. Enfin, il reçoit régulièrement des spécialistes étrangers dans le cadre de leur formation continue (13  pays dont 8 européens).

Très impliqué dans la démarche qualité, ce département est le premier laboratoire européen accrédité dans cette discipline selon la norme des laboratoires NF EN ISO/CEI 17025  et participe régulièrement avec les différents spécialistes internationaux à des échanges.

En conclusion...

Du premier cas documenté en entomologie légale issu d’un précis de médecine légale chinois datant du XIIIème siècle (dans lequel est relaté le témoignage d’un homme de loi dénommé Sung Tzu) à son omniprésence dans les séries télévisuelles (CSI, NCIS…), l’entomologie légale a fait du chemin et est devenue une discipline incontestée en matière criminalistique, tant par sa précision, sa fiabilité que par ses différents champs d'application.

Source https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/pjgn/IRCGN/L-Expertise-Decodee/Sciences-Medico-Legales/L-entomologie-legale-les-insectes-au-service-de-l-enquete

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Re : L’entomologie légale : les insectes au service de l'enquête
« Réponse #1 le: 26 juin 2020, 13:54:07 »
Entomologie forensique - Tu mourras moins bête - ARTE