Un directeur de la PJJ révoqué pour 671 photos de passantes prises sous leurs jupes : la justice invoque son devoir "d'exemplarité"
Un directeur de la protection judiciaire de la jeunesse a stocké sur son ordinateur professionnel 671 photos de femmes prises à leur insu dans la rue. Révoqué en 2021, il réclamait son poste : la cour administrative d'appel de Toulouse vient de le débouter.
Tout commence par une simple recherche sur un ordinateur. En octobre 2019, un fonctionnaire vient de prendre la tête du service éducatif d'une prison pour mineurs, celle de Lavaur dans le Tarn, l'un des sept établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) de France. En fouillant le disque dur de son ordinateur de travail, il tombe sur un dossier baptisé "sauvegarde/perso". Ce dossier ne lui appartient pas : il vient de son prédécesseur, dont les fichiers ont été copiés sur sa machine. À l'intérieur, des centaines d'images de femmes. Il prévient immédiatement ses supérieurs.
Cette histoire n'avait jamais été racontée dans son ensemble. Elle apparaît aujourd'hui dans une décision de la cour administrative d'appel de Toulouse, publiée le 10 septembre 2026.
Des photos cachées parmi ses lettres de candidature
L'ancien ordinateur, celui qu'utilisait le prédécesseur, est à son tour examiné. Le même dossier y est retrouvé, rangé avec soin dans plusieurs sous-dossiers aux noms sans équivoque. À première vue, impossible de savoir qui l'a créé. Mais un détail trahit son auteur : les photos sont glissées dans un dossier "Candidatures", à côté de documents administratifs à son nom.
L'homme occupe un poste à responsabilités. Depuis 2002, il est directeur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le service du ministère de la Justice qui s'occupe des mineurs délinquants. De 2012 à 2018, il a dirigé l'équipe d'éducateurs de l'EPM de Lavaur. Il rejoint ensuite la direction territoriale de la PJJ à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, dont il devient le numéro 2. Fin décembre 2019, sa hiérarchie prévient la justice. Selon le ministère, sollicité par ICI Occitanie TV, la PJJ effectue alors un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, qui oblige tout fonctionnaire à informer le procureur des crimes et délits dont il a connaissance dans l'exercice de ses fonctions. Une procédure pénale est ouverte dans la foulée.
671 photos de passantes, parfois prises sous les jupes
Les experts informatiques du ministère, puis la police, font l'inventaire. L'ordinateur, que le directeur ramenait aussi chez lui, contient 1.238 images de femmes nues ou à moitié nues, soigneusement classées par thème : "fesses", "piscine". Il contient surtout 671 photos de fesses de femmes, prises dans la rue sans qu'elles s'en rendent compte, entre 2010 et 2012. Sur certaines, l'appareil a été placé pour voir sous une jupe ou une robe.
En garde à vue, en juin 2020, le directeur reconnaît avoir pris lui-même ces photos, avant de les recadrer sur l'intimité des passantes. Il admet aussi avoir consulté des sites pornographiques sur son ordinateur de travail, depuis chez lui, et y avoir téléchargé des images. Il explique ne pas avoir d'ordinateur personnel et assure qu'il pensait avoir tout effacé en quittant son poste.
"Quand je suis stressé, j'ai besoin de porno"
Un aveu frappe particulièrement. Selon la décision, il reconnaît devant les policiers avoir continué, bien après 2012, à photographier des femmes de cette manière. La dernière photo, dit-il, remonte à dix jours à peine avant son arrestation.
Quatre autres images, qui semblaient montrer une adolescente, avaient aussi été découvertes sur le matériel saisi. Elles lui ont valu d'être jugé pour détention d'images pédopornographiques devant le tribunal correctionnel de Toulouse, le 5 janvier 2022. Selon La Dépêche du Midi, qui a rendu compte de l'audience, l'ancien numéro 2 de la PJJ de Montauban a contesté les faits à la barre, revenant sur ce qu'il avait déclaré en garde à vue et attribuant la présence de ces fichiers à des téléchargements parasites. Aux enquêteurs, il avait pourtant lâché, toujours selon le quotidien : "Quand je suis stressé, j'ai besoin de porno."
Aucune interdiction d'exercer auprès de mineurs
Le tribunal le condamne à dix mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, assortis d'une obligation de soins. Il ne prononce en revanche aucune interdiction d'exercer une profession au contact de mineurs.
Cette condamnation n'a pas tenu. En septembre 2023, la cour d'appel de Toulouse l'a relaxé : la justice n'a pas pu établir avec certitude que la personne photographiée était mineure. Sur ce volet, il est donc définitivement mis hors de cause.
Pour les photos prises dans la rue, le droit pénal ne permettait pas forcément de le poursuivre. Le fait de photographier sous les vêtements d'une personne sans son accord n'est devenu un délit qu'en 2018, bien après les clichés retrouvés sur l'ordinateur. Mais pour les juges administratifs, cela ne change rien : ces faits peuvent tout de même lui être reprochés par son employeur.
Renvoyé, il a tenté de récupérer son poste
En mars 2021, le ministre de la Justice le révoque. C'est la sanction la plus lourde pour un fonctionnaire : il est définitivement exclu de l'administration. L'homme ne l'accepte pas. Il saisit le tribunal administratif de Toulouse, qui lui donne tort en avril 2024, puis fait appel.
Devant les juges, il change de version. Selon lui, les photos auraient été copiées par erreur depuis une clé USB. La cour ne le croit pas : ses aveux en garde à vue, le nombre de fichiers et leur rangement minutieux disent le contraire. Il reprochait aussi à son administration d'avoir ouvert son dossier "perso" sans lui, en violation de sa vie privée, et de ne pas l'avoir prévenu qu'il avait le droit de garder le silence pendant la procédure. Des arguments tous rejetés : l'administration avait le droit de vérifier l'usage de ses ordinateurs, et la sanction repose d'abord sur ce qu'il avait déclaré à la police.
"L'exemplarité" d'un directeur au service des mineurs
Pour les juges, un directeur de la PJJ, qui travaille auprès de jeunes placés sous main de justice, se doit d'être irréprochable. En stockant ces images sur un ordinateur de l'administration et en photographiant des femmes à leur insu, il a manqué à son devoir de dignité et à l'exemplarité attendue de lui. Même si l'affaire n'avait jamais été ébruitée, elle nuit, selon la cour, à l'image de tout le service.
La justice administrative reconnait pourtant qu'il était très bien noté par sa hiérarchie et qu'il n'avait jamais été condamné ni sanctionné auparavant. Cela ne suffit pas : pour eux, le renvoi n'est pas excessif au regard de la gravité des faits. Sa demande est rejetée. Il lui reste un dernier recours, devant le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative, dans un délai de deux mois. Pour le ministère de la Justice, la décision de la cour administrative d'appel de Toulouse "valide, en appel, la révocation de cet agent". Contactée par ICI Occitanie TV, son avocate n'a pas répondu à notre sollicitation au moment de la publication de cet article.
Source :
https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/tarn/albi/un-directeur-de-la-pjj-revoque-pour-671-photos-de-passantes-prises-sous-leurs-jupes-la-justice-invoque-son-devoir-d-exemplarite-3418043.html