Auteur Sujet: Une journée de gendarme départemental en brigade, simple et basique !  (Lu 356 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne Jeano 11

  • Administrateur
  • *****
  • Messages: 6967
  • Sexe: Homme
  • Retraité
Vous avez peut-être lu dans la presse la semaine passée, l’histoire de ce jeune homme de 15 ans qui s’est lourdement blessé lundi dernier du côté de Nérac. Effrayé par des personnes armées et au visage masqué passant en voiture à côté de lui et de son groupe de collégiens, il avait sauté dans le fossé faisant une chute d’environ 10 mètres.

Les pompiers avaient dû employer les grands moyens pour le remonter en sécurité. Dans cette affaire, 3 jours après les faits, des interpellations ont été réalisées puis après 24h de garde à vue, un jugement en comparution immédiate au tribunal envoyait en prison 3 jeunes adultes.
Énoncé comme cela, avec 2/3 articles dans la presse, ça paraît Simple et Basique….
Mais vous n’avez pas (forcément) les bases (de notre métier)!
Retour sur la semaine passée
Un fait avec une personne blessée, qui plus est un adolescent, devient notre priorité dès que nous en avons connaissance. Nous remettons à plus tard le traitement de dossiers moins urgents voire même des contrôles routiers! C'est Dire 😉
Concentration des efforts ; Les gendarmes de Nérac avec plusieurs renforts de la compagnie d’Agen ont travaillé sur ces faits d’arrache-pied dès lundi. Pour interpeller les auteurs jeudi matin, il aura fallu construire un dossier judiciaire solide : réaliser les auditions de toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont été témoins des faits ou sont en lien avec ce dossier, chercher un maximum d’informations et recouper l’ensemble pour confondre les auteurs.
Liberté d'action : dans ces moments là, le planning des gendarmes mobilisés est bousculé, bien au delà des seuls services qui étaient prévus et qui sont réorientés : on sera finalement absent à la restitution du théâtre de la petite dernière, on annule le tennis avec le copain, le dîner en amoureux pour l’anniversaire de mariage, le rendez-vous parents-prof, voire même celui chez le dentiste qu’on avait obtenu de haute lutte 18 mois auparavant…
Le mardi, l’enquête avance à grands pas et dans la journée de mercredi, 3 noms ressortent. Les comptes-rendus sont faits au magistrat de permanence du parquet qui, sur notre proposition, ordonne les interpellations dès le lendemain matin.
Les équipes d’intervention travaillent sur les objectifs qui leurs sont assignés et jeudi matin, plusieurs équipes réparties sur différents domiciles interpellent les auteurs présumés.
Un nouveau contre-la-montre démarre pendant la garde à vue de ces 3 jeunes majeurs. Ne rien oublier dans les droits des mis en causes (médecin, avocat, pauses réglementaires etc.) toute erreur entrainant un risque de nullité car elle pourrait léser le gardé à vue.
Au fil des auditions et grâce au travail de qualité que les enquêteurs ont conduit en amont et pendant celles-ci, la culpabilité est acquise sur le plan de l’enquête judiciaire, les jeunes adultes reconnaissant également leur participation aux faits ainsi que la commission de 2 cambriolages juste avant.
Le parquet du tribunal judiciaire d’Agen qui dirige la procédure judiciaire décide en fin de journée de présenter en comparution immédiate les 3 mis en cause. Mais pour les gendarmes, ce choix leur impose de finaliser rapidement l’ensemble de la procédure en respectant les nouvelles règles de transmission numérique qui nous lient depuis quelques mois avec les services de justice.
C’est un travail conséquent avec l’informatique qui parfois ajoute son lot de surprises. La soirée voire la nuit du jeudi ne seront pas de trop. Le vendredi, les gendarmes qui ont travaillé sur le dossier conduisent les mis en cause au tribunal et y passent une bonne partie de la journée.
En fin de journée, la sentence est connue : des peines de prison ferme avec mandat de dépôt. Direction la prison donc pour les 3 auteurs et retour à l’unité pour les gendarmes. Ils n’en ont pas fini avec ce dossier car il leur faut faire les remontées des informations judiciaires dans les bases et faire leur compte-rendu de service afin que soit comptabilisé leur travail. Il faut aussi restituer les objets volés aux propriétaires légitimes (une télévision volée a malheureusement déjà été vendue dans la journée du mercredi par les auteurs).
Ensuite, ce sera week-end bien mérité pour certains ou travail dans la continuité pour d’autres.
Ce qui peut paraître simple, voire basique, vu de l’extérieur ne l’est pas pour autant. Tout ceci est réalisé avec de la conviction et le souci de protéger et d’assurer au mieux la sécurité de la population. Lundi dernier, personne ne savait que tout ceci allait se passer : la routine n’existe pas en gendarmerie.
Voilà, ça fait 5 minutes de lecture et plusieurs heures de travail d’enquête !

Comment va le jeune garçon ?

Il a un peu de casse physique et on va espérer avec lui qu'il n'ait aucune séquelle après tout ça mais il est trop tôt pour le dire.
Tout cela aurait pu être beaucoup plus grave.
Nous espérons aussi qu'il surmontera le traumatisme psychologique.
---------------------
Mais quelle lourdeur administrative. C'est ahurissant...

Il ne faut pas voir le voir comme ça. C’est aussi important de faire les choses correctement avec le respect des droits de la défense. Le respect des lois va dans les deux sens. L’objectif de ce texte n’est pas de montrer la lourdeur mais l’envers du décor. Il est sain de ne pas avoir de jugement arbitraire pas suffisamment étayé. Tout est histoire d’équilibre

Source : Facebook Gendarmerie de Lot-et-Garonne