Itinéraires, dénivelés, matériel... Pourquoi vous faites fausse route en vous fiant à l'IA pour préparer votre randonnée

Le parc national des Cévennes alerte, exemple à l'appui, des dangers encourus par les randonneurs qui planifient leur itinéraire à l'aide de ChatGPT, une pratique de plus en plus courante, non sans risque.
De l'importance de garder un pied dans la réalité. La belle saison est de retour et, avec elle, les activités de plein air, comme la randonnée pratiquée par près de 30 millions de Français(Nouvelle fenêtre). Entre applications dédiées et sites spécialisés, la panoplie d'outils à disposition du randonneur s'est enrichie, ces dernières années, de l'intelligence artificielle. Il est de plus en plus courant de demander, à ChatGPT par exemple, de l'aide pour à peu près tout, alors pourquoi pas pour un itinéraire en pleine nature ? "Ce n'est pas une bonne idée", alerte le parc national des Cévennes qui a publié un long post sur Facebook, le 2 avril 2026.
Parc national des Cévennes
🤖🥾 Pourquoi ce n’est pas une bonne idée de demander à ChatGPT de préparer votre randonnée dans le Parc !
Sur le papier, tout est parfait : un itinéraire “idéal”, une boucle “optimisée”, une immersion garantie.
Dans la réalité… c’est parfois beaucoup moins fiable 😬Le parc national des Cévennes alerte, exemple à l'appui, des dangers encourus par les randonneurs qui planifient leur itinéraire à l'aide de ChatGPT, une pratique de plus en plus courante, non sans risque.
De l'importance de garder un pied dans la réalité. La belle saison est de retour et, avec elle, les activités de plein air, comme la randonnée pratiquée par près de 30 millions de Français(Nouvelle fenêtre). Entre applications dédiées et sites spécialisés, la panoplie d'outils à disposition du randonneur s'est enrichie, ces dernières années, de l'intelligence artificielle. Il est de plus en plus courant de demander, à ChatGPT par exemple, de l'aide pour à peu près tout, alors pourquoi pas pour un itinéraire en pleine nature ? "Ce n'est pas une bonne idée", alerte le parc national des Cévennes qui a publié un long post sur Facebook, le 2 avril 2026.
Itinéraires fantaisistes, temps de marche sous-évalués, sentiers inexistants... Les exemples de randonneurs s'étant fait mal conseillés par une intelligence artificielle sont de plus en plus fréquents. Or, cette approche virtuelle s'accompagne de risques bien réels, soulignent les professionnels du secteur.
"Totalement irréaliste"
Au printemps dernier, un père et son fils se présentent à la Maison du tourisme et du parc national des Cévennes de Florac, en Lozère, avec un itinéraire proposé par ChatGPT : 82 km en deux jours avec une nuit en hamac à plus de 800 mètres d'altitude. "C'est totalement irréaliste, même pour des randonneurs confirmés qui vont vite, affirme Florence Boissier, chargée de mission accueil au sein du parc. Et avec une nuit en bivouac, quelque part sur le Causse Méjean, sur un secteur où le bivouac n'est pas autorisé par la réglementation du parc. Ça ne prenait pas en compte la météo des deux jours pour dormir à la belle étoile, à cette période de l'année. En plus de ça, l'itinéraire n'empruntait pas toujours des chemins balisés autorisés..."
"Cet itinéraire n'était pas du tout réaliste, ni en termes de distance, ni en termes de temps, ni en terme d'hébergement..."
Florence Boissier, chargée de mission accueil au Parc national des Cévennes à franceinfo
Le parc national des Cévennes décide de rendre publique cette mésaventure pour alerter sur les risques encourus. "S'ils s'étaient lancés sur cet itinéraire-là, ça aurait pu être vraiment très compliqué à gérer, à la fois physiquement et en termes de sécurité, assure la chargée de mission. Heureusement, nos agents d'accueil ont tout de suite retravaillé l'itinéraire avec les personnes et leur ont donné les conseils plus pertinents pour effectivement faire une randonnée sur deux jours, mais avec une distance tout à fait faisable et ils ont aussi réservé pour eux dans un camping sur un secteur autorisé."
"En montagne, on ne raisonne pas en kilomètres mais en dénivelé"Cet exemple cévenol n'est pas isolé.
Le parc national des Pyrénées aussi a affaire à des randonneurs qui font confiance à l'intelligence artificielle les yeux fermés. Laëtitia Maltese, hôtesse d’accueil à la Maison du parc du val d’Azun, à Arrens-Marsous dans les Hautes-Pyérénées, se souvient de l'attitude très assurée d'un groupe de quarantenaires au printemps dernier, dont l'un s'est adressé à elle, "téléphone vissé à la main" : "Il me montre un itinéraire totalement délirant de 40 km, avec un passage par le Grand Gabizos, une montagne d'ici qui est assez haute. Je lui explique que ce n'est pas le chemin, qu'en montagne on ne raisonne pas en kilomètres mais en dénivelé et qu'ils ne me paraissent pas vraiment équipés. 'Mais si, ma trace l'indique. C'est fiable, c'est ChatGPT !', me répond-il."
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais le lendemain matin, les quatre randonneurs reviennent exténués, trempés et frigorifiés : ils avaient bivouaqué dans de mauvaises conditions et sous la pluie. "On va suivre vos conseils, on écourte l'itinéraire et finalement on ne passera pas par le grand Gabizos...", reconnaissent-ils auprès de la chargée d'accueil.
"J'ai été très surprise qu'ils utilisent ChatGPT pour préparer la rando."
Laëtitia Maltese, hôtesse d’accueil à la Maison du parc national des Pyérénées à franceinfo
"Ils sont complètement hors-sol, relate Laëtitia Maltese, je conçois que des gens ne connaissent pas un milieu mais j'ai trouvé ça assez fort de ne pas faire confiance à des personnes qui vivent là et qui savent comment ça fonctionne." Les personnels des parcs nationaux sont formés pour accueillir et orienter les randonneurs, qu'ils arrivent à identifier "à la manière dont ils arrivent équipés, quelqu'un qui a des claquettes de randonnée aux pieds et qui n'a pas assez d'eau, on ne va pas l'envoyer dans des pierriers à plus de 2 000 mètres d'altitude".
"Ça augmente légèrement tous les ans"
Ce qui met surtout en colère Laëtitia Maltese, du parc national des Pyrénées, c'est que si des randonneurs s'exposent au danger de leur plein gré, ils impliquent avec eux tout le réseau qui est autour, de l'hôte d'accueil aux secouristes, en passant par les gardes du parc et les gardiens de refuge. "Si on dit que c'est risqué ou que ce n'est pas par là, ce n'est pas pour les embêter, c'est vraiment qu'il y a une raison, insiste-t-elle. Là, ça s'est bien passé, mais au pire des personnes vont prendre des risques pour sauver des gens qui ont été complètement imprudents."
"De plus en plus de gens inexpérimentés" : les secouristes en montagne face au "tourisme Instagram"
Le major Xavier Géraud, chef de détachement de la CRS Alpes à Albertville, en Savoie, non loin du parc national de la Vanoise, observe également l'arrivée de nouveaux profils sur les sentiers : "Ça augmente légèrement tous les ans, des personnes inexpérimentées qui s'aventurent un petit peu plus haut, un petit peu plus loin, avec du matériel pas adapté et qui se perdent facilement." Quand ces personnes doivent être secourues, "on les met en garde sur l'utilisation des outils non maîtrisés, le fait d'aller dans des endroits où il faut une certaine expérience."
Pour le secouriste, "il faut faire attention à tout ce qui facilite le travail de préparation pour aller en montagne, et qui le rend, sur le papier, beaucoup plus accessible. Il faut malgré tout beaucoup d'expérience pour s'aventurer sur des itinéraires en montagne et encore plus en haute montagne, en ski de rando, en alpinisme, en escalade." Il rappelle la règle à respecter : "S'entourer de professionnels compétents ou être aguerri, avec un matériel adapté, dont on sait se servir."
"Poser les questions que l'IA ne va pas poser"
"L'objectif est de mieux renseigner les visiteurs", assure chacun des trois parcs, des Cévennes, des Pyrénées et de la Vanoise, conscients que la démocratisation de la randonnée doit s'accompagner de pédagogie. Ils partagent les mêmes recommandations : toujours vérifier son parcours avec les personnes sur place, les offices du tourisme, les maisons du parc, les gardes ou se renseigner sur les sites internet officiels. Même si l'intelligence artificielle, et les réseaux sociaux, peuvent être une source d’inspiration, "c’est bien de croiser les infos", souligne Laëtitia Maltese qui incite "les gens à venir nous voir, à nous appeler".
"Les professionnels de l'accompagnement vont aussi poser les bonnes questions, précise Florence Boissier du parc national des Cévennes, que l'IA ne va pas nécessairement poser, sur les attentes, le matériel, les provisions, le niveau de départ, les habitudes de randonner." Cela vaut en amont, mais aussi pendant une randonnée, notamment de plusieurs jours, pour laquelle les gardiens de refuge, au plus près du terrain, sont les mieux à même de renseigner. "Dans ces milieux sauvages et instables, c'est bien d'être prudent, de faire preuve d'humilité, de savoir où on met les pieds et d'être responsable par rapport à ça, tout simplement", conclut Laëtitia Maltese.
Source
https://www.franceinfo.fr/decouverte/temoignages-itineraires-deniveles-materiel-pourquoi-vous-faites-fausse-route-en-en-vous-fiant-a-l-ia-pour-preparer-votre-randonnee_7923731.html