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"Secours paramédicaux" / Devenir paramedic au Québec
« Dernier message par kit055 le 29 mai 2022, 08:00:37 »
Bonjour à tous !

Je reviens sur le forum après plusieurs années d'absence...beaucoup de choses ont changées et j'ai maintenant le plaisir d'exercer à titre de technicien ambulancier paramedic au Québec, dans la région de l'Abitibi.

Je souhaite, via ce sujet, vous indiquer que le diplôme est accessible aux français suite à une formation de 3 ans, je l'ai moi-même réalisé et depuis presque 4 ans j'aide des français à devenir paramedic ici.

Si vous êtes intéressés je vous laisse plusieurs liens :

Un article que j'ai écris qui détaille l'ensemble de la procédure : https://www.ambulancier-lesite.fr/comment-integrer-formation-paramedic-quebec/

Ma chaîne YouTube où je réalise plusieurs vidéos sur le sujet : https://youtube.com/user/KIT055

Au plaisir d'échanger à nouveau ! 👋
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Lutte contre l’impunité en Ukraine : une équipe d’experts de l’IRCGN déployée à Lviv.

La France vient d’envoyer en Ukraine une équipe composée de deux médecins légistes et d’une quinzaine de gendarmes de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Elle est chargée d’apporter son expertise aux autorités ukrainiennes, en matière d’identification et de recueil de preuves, à la suite des exactions commises à Bucha.

Dans un communiqué conjoint, le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice ont annoncé l’arrivée ce matin en Ukraine, « d’une équipe technique du ministère de l’Intérieur chargée d’apporter son expertise aux autorités ukrainiennes, en matière d’identification et de recueil de preuves, à la suite des exactions commises à Bucha. En accord avec les autorités ukrainiennes, elle pourra également contribuer à l’enquête de la CPI. »

Cette projection intervient dans le cadre de la mobilisation des autorités françaises « pour apporter un appui concret aux efforts déployés par les autorités ukrainiennes et par les juridictions internationales, notamment la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre des enquêtes qu’elles ont engagées dans le contexte de la guerre en Ukraine. »

Accueillie à son arrivée à Lviv par l’ambassadeur de France en Ukraine, Étienne de Poncins, l’équipe se compose de deux médecins légistes et d’une quinzaine de gendarmes de l’IRCGN, experts des scènes de crime et d’identification des victimes. Ces derniers disposent notamment de compétences reconnues en balistique, explosifs, prélèvement et traitement ADN, et empreintes digitales.

Le détachement sera ainsi en mesure de mettre en place une chaîne d’examen et d’identification de corps. Il déploiera également le LAB’ADN, dispositif projetable d’analyse génétique rapide développé par l’IRCGN.

Le communiqué rappelle par ailleurs que la France « soutient la Cour pénale internationale par l’envoi de deux magistrats, dix enquêteurs, ainsi que par une contribution financière additionnelle exceptionnelle de 500 000 euros, en plus du financement annuel qu’elle apporte à son fonctionnement régulier. »

Enfin, dans les prochains jours, elle portera à Bruxelles « une initiative visant à coordonner les contributions des États membres et des agences de l’U.E., notamment Europol et Eurojust, pour mettre au jour et enquêter sur d'éventuels crimes de guerre en Ukraine. »

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2022/lutte-contre-l-impunite-en-ukraine-une-equipe-d-experts-de-l-ircgn-deployee-a-lviv
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Gendarmerie Nationale / Re : La gendarmerie organise son premier hackathon ....
« Dernier message par Jeano 11 le 28 mai 2022, 12:54:37 »
COMCyberGEND : la gendarmerie monte en puissance face à la menace cyber
Auteur : le commandant Céline Morin

Avec la création, au 25 février 2022, du COMCyberGEND, ou Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace, l’Institution se met en ordre de bataille et fourbit ses armes face à une cybercriminalité croissante. Cette nouvelle structure, dont le général de division Marc Boget a officiellement pris la tête ce 1er août, a pour objectif d’animer, de coordonner, de mettre en cohérence, de renforcer et de rendre plus visibles et lisibles les capacités de la gendarmerie dans le domaine cyber, qu’il s’agisse de prévention, de formation ou d’investigations.

La prépondérance du numérique dans nos vies quotidiennes, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, a ouvert, ces dernières années, un large champ d’action à un nouveau genre de criminels. Dans le cyberespace, personne n’est à l’abri : particuliers, entreprises, institutions et collectivités, établissements hospitaliers… Chacun est une victime potentielle, sinon une cible. Une tendance qui s’amplifie d’année en année, avec une nette augmentation constatée au cours de la crise sanitaire, au regard des temps d’écran accrus, que ce soit pour les loisirs, le travail ou les études. En 2020, la gendarmerie a ainsi enregistré une augmentation de 22 % du nombre de faits liés à la cybercriminalité par rapport à l’année précédente, pour un total de 100 161 faits. Si les trois-quarts sont des escroqueries, les menaces en ligne, ainsi que les propos diffamatoires, injurieux et haineux sur les réseaux sociaux (5 300 faits recensés) ont également explosé.

La gendarmerie a investi de longue date dans ce domaine, tant en termes de prévention que d’investigations, disposant ainsi aujourd’hui d’un réseau fort de plus de 6 700 enquêteurs numériques, répartis sur l’ensemble du territoire national, y compris en outre-mer : des enquêteurs qualifiés Correspondants en technologies numériques (C-NTECH) au niveau des brigades, en passant par les enquêteurs en technologies numériques spécialisés (NTECH) au niveau départemental, les antennes du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) dans les sections de recherches des chefs-lieux des Juridictions inter-régionales spécialisées (JIRS), qui passeront à court terme de 11 à 14, jusqu'à l’échelon national, avec le C3N et l’actuel département informatique (INL) de l’IRCGN, sur le très haut du spectre. Malgré cela, selon un sondage effectué par la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr à sa création, en 2017, seules 0,6 % des personnes interrogées savaient à qui s’adresser en cas de problème cyber, ce qui souligne l’importance de l’action entreprise par le Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN).

Lisibilité, coordination, cohérence et efficience

Pour que la gendarmerie gagne en lisibilité, en coordination, en cohérence et en efficience dans la lutte contre la cybercriminalité et soit prête à répondre à une potentielle crise, le général d’armée Christian Rodriguez, DGGN, dans le cadre de sa stratégie de transformation GEND 20.24, a donc souhaité rassembler l’ensemble des forces cyber de la gendarmerie sous un étendard unique : le COMCyberGEND, ou Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace.

Créé par arrêté du 25 février 2021, ce grand commandement, directement rattaché au DGGN, deviendra une formation administrative pleine et entière, avec une autonomie budgétaire propre, à compter du 1er janvier 2022.

« Aujourd’hui, tout porte à croire que la prochaine crise sera cyber. Les élections présidentielles en 2022, la présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022, la coupe du Monde de rugby en 2023, les J.O. de Paris en 2024, sont d’ailleurs autant de grands événements où il est certain que nous serons soumis à une menace cyber importante. Il y avait donc un vrai besoin de se coordonner et de monter en puissance. La mise en place de ce commandement, qui devient l’unique interlocuteur gendarmerie sur les questions cyber, est un vrai virage, une vraie accentuation voulue par le directeur général Christian Rodriguez, explique le général de division Marc Boget, qui a officiellement pris la tête du COMCyberGEND le 1er août. Aujourd’hui, il s’agit de renforcer et d’étendre les compétences que l’on détient déjà, mais surtout de mettre de la cohérence et de coordonner les actions, pour créer une vraie filière cyber, comme cela existe en P.J. classique. Le but est d'avoir une meilleure visibilité et d'apporter une vraie réponse face à la menace, comme on sait faire en gendarmerie, en exploitant nos forces, c’est-à-dire notre allonge dans les territoires, la capacité d’agréger les ressources face à un problème d’ampleur et celle de projeter une task-force au plus près d'un incident. Mon objectif est de faire en sorte que quiconque s’adresse à la gendarmerie, citoyen, TPE/PME ou collectivité, que ce soit dans une brigade ou via magendarmerie.fr, obtienne des réponses pertinentes. Que l’on sache, en cas de problème cyber, leur prodiguer les premiers conseils de prévention, en lien avec nos partenaires, les faire rappeler par un NTECH si besoin, de façon à les accompagner, par exemple en réalisant un audit et, éventuellement, en les orientant vers des prestataires externes si une remédiation est nécessaire. Puis, en cas de problème judiciaire, que l’on sache recueillir la plainte en bonne et due forme, car nous ne sommes pas sur des faits de délinquance classique, que l’on sache préserver les traces numériques, et que l’on mette en place une logique de subsidiarité, c'est-à-dire en faisant appel au NTECH, à une antenne du C3N pour l’appuyer si le dossier s’avère complexe, voire aux experts nationaux du C3N et de l’INL sur le haut du spectre. »

Un des mots d'ordre : la transversalité

L’un des mots d’ordre du COMCyberGEND est donc la transversalité. Il aura en effet une autorité fonctionnelle sur tous les CNTECH, les NTECH et les antennes du C3N (lesquels conservent leur autorité hiérarchique), et une autorité hiérarchique sur le C3N, l’INL, la brigade numérique/magendarmerie.fr et la plateforme Perceval. Il affectera par ailleurs un détachement permanent au sein du Centre national des opérations (CNO) de la DGGN, pour faire le lien, en cas de crise, avec le volet cyber.

La montée en puissance de la chaîne cyber se traduit par ailleurs numériquement avec, à terme, quelque 10 000 cyber-enquêteurs, et s’accompagne du recrutement désormais de 40 % d’officiers à profil scientifique, sans oublier la création des compagnies numériques, composées d'élèves-gendarmes identifiés comme ayant une appétence numérique et dont la compétence en la matière sera fortement accentuée.

Un effort sera parallèlement fait sur la formation, car « les ressources cyber sont très chères, dures à acquérir et à maintenir, d’où la nécessité de monter des partenariats avec les écoles spécialisées, que ce soit pour former les NTECH, comme on le fait déjà avec l’université de technologie de Troyes, ou les experts. Nous allons donc travailler sur la formation de nos militaires, tant en formation initiale qu’en formation continue, et ce, en nous appuyant sur nos partenariats mais aussi sur nos réservistes cyber. »

Une attention particulière sera par ailleurs portée aux personnels des Sections opérationnelles de lutte contre les cybermenaces (SOLC), dont une partie détient des compétences SIC (Systèmes d’information et de communication) pures. « En coordination avec le ST(SI)² et la direction des personnels militaires, nous allons identifier les compétences nécessaires à chaque niveau, pour pouvoir mettre en œuvre les actions de formation idoines pour que ces sous-officiers puissent acquérir les compétences nécessaires. »

Réservistes citoyens et opérationnels, partie intégrante de la communauté cyber

Preuve supplémentaire de la montée en puissance de la filière Cyber, un bureau de la réserve cyber a vu le jour au sein du commandement des réserves de la gendarmerie, regroupant l’ensemble des réservistes citoyens et opérationnels œuvrant dans le domaine. « L’objectif est de mettre en place une véritable communauté cyber intégrant pleinement les réservistes, que ce soit dans les actions de réflexion ou d’animation. De nombreuses initiatives intéressantes sont menées dans les régions, notamment en matière de prévention ou d’accompagnement des victimes. Des outils, des supports sont mis au point, mais restent cantonnés à leur périmètre. L’idée est de pouvoir en avoir connaissance, afin de les relayer, peut-être en les enrichissant d’autres réflexions. »
Une politique partenariale étendue

Pour atteindre ses objectifs, le COMCyberGEND s’appuiera également sur une politique partenariale étendue avec l’ensemble des acteurs gravitant dans le domaine cyber, à l’instar des grands industriels du secteur, du GIP ACYMA, opérant le site cybermalveillance.gouv.fr, émanation de l’ANSSI, mais aussi avec l’Éducation nationale, par exemple pour travailler sur la problématique du cyberharcèlement, les grandes écoles et les universités dans le domaine de la formation, les associations professionnelles, telle l'Association des agents d’assurances, lesquels se retrouvent souvent démunis quand leurs clients sont victimes de rançongiciels, ou encore les associations d’élus.

De nombreux partenariats ont d’ores et déjà été conclus et d’autres le seront très prochainement. Le ministre de l’Intérieur, l’Association des maires de France (AMF) et Cybermalveillance.gouv.fr vont, par exemple, cosigner prochainement un courrier tripartite à l’adresse des maires, afin de leur proposer de réaliser une auto-évaluation de leur état d'exposition au risque cyber (immunité Cyber). L'objectif est de permettre aux collectivités de dresser un état des lieux de leur niveau de protection et, en fonction, de prendre contact avec la gendarmerie pour obtenir des conseils, voire de l’aide.
Des divisions dédiées à quatre fonctions principales

L’état-major du COMCyberGend se compose de quatre divisions dédiées à quatre fonctions principales :

- la division proximité numérique, traitant les volets prévention et proximité, inclut notamment la Brigade numérique et la plateforme Perceval (infractions impliquant les cartes bancaires) ;

- la division enquêtes numériques, autrement dit les experts du C3N, appuyés par les enquêteurs des antennes du C3N et les NTECH des groupements, comprend notamment des groupes dédiés aux cryptoactifs, aux enquêtes complexes, au Darkweb, aux enquêtes en sources ouvertes, aux atteintes aux mineurs, à la pédopornographie, etc., en mesure de travailler sur des enquêtes d’initiative ou en appui des unités de terrain. Ces missions, déjà réalisées par le C3N, seront donc amplifiées, avec notamment une implication renforcée des antennes C3N. Par ailleurs, les enquêtes cyber comprenant la plupart du temps un volet économique, les Fintech, enquêteurs financiers spécialisés sur les problématiques cyber, seront renforcés au niveau central, en mesure d’appuyer, dès que de besoin, les unités de terrain ;

- la division de l’appui aux opérations numériques, c’est-à-dire les experts techniques de l’INL, à même de se projeter, de fournir une aide à la relation avec les acteurs de l’Internet, de développer des outils d’investigations, etc. ;

- et enfin, la division stratégie, prospective et partenariats.

L’état-major du COMCyberGEND sera concrètement implanté sur le Cybercampus, à la Défense, aux côtés de l’ensemble des acteurs français, étatiques comme privés, du monde du cyber (formation, recherche, etc.). Les échanges réguliers nés de cette proximité permettront à la gendarmerie de progresser dans tous les domaines, afin d’apporter une réponse globale.

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2021/comcybergend-la-gendarmerie-monte-en-puissance-face-a-la-menace-cyber
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Gendarmerie Nationale / Re : La gendarmerie organise son premier hackathon ....
« Dernier message par Jeano 11 le 28 mai 2022, 12:49:57 »
L’Intelligence artificielle, un enjeu essentiel pour la sécurité
Auteur : capitaine Marine Rabasté

Mi-avril, la gendarmerie participait au premier salon mondial de l’intelligence artificielle, à Cannes. Une présence qui allait de soi pour l’institution qui, à travers sa stratégie de transformation, développe cette technologie sur l’ensemble de son spectre d’action.

Oubliez les robots humanoïdes pourvus de sentiments et susceptibles de se substituer à l’Humain. L’Intelligence artificielle (I.A.), ce n’est pas ça. Les représentations culturelles, au rang desquelles on pourrait citer les films I. Robot ou A.I., tendent à fausser l’idée globale que l’on se fait de cette technologie complexe, mais ouvrant un champ des possibles infini. Pour le scientifique Stephen Hawking, elle est même « le plus grand événement de l’histoire de l’humanité ». Alors, qu’est-ce que l’I.A. ? C’était tout l’objet du premier salon mondial de l’intelligence artificielle, qui s’est tenu à Cannes, du 15 au 19 avril : permettre à chacun de s’interroger et de le comprendre. Et parmi les 120 exposants, la gendarmerie avait son stand, animé par des personnels du Service de la transformation (S.T.), dont le coordonnateur national, le général Patrick Perrot, et une équipe du Data Lab du Service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure [ST(SI)²].
Un vecteur de transformation

Dans le cadre de sa stratégie de transformation Gend 20.24, la gendarmerie a engagé une véritable expansion technologique, répondant aux besoins de l’ensemble de l’institution. Cette démarche prend en compte l’intégration de l’I.A. Pour le contrôleur général Christophe Jacquot, chef du Service de la transformation, « elle permet d’accroître le niveau de sécurité, que ce soit dans le domaine de la sécurité publique, de l’ordre public, de la sécurité routière ou de la police judiciaire, d’améliorer le service rendu à la population et de valoriser le gendarme, en libérant de la marge d’initiative » (Cultur’IA n°2). L’I.A. irrigue donc tout le spectre d’action de la gendarmerie.

Mal connue, fantasmée, crainte, elle demeure toutefois une notion complexe, qu’il est difficile de vulgariser, au risque d’en dénaturer le sens. Et pourtant, elle ne peut être niée et il serait inconscient de vouloir s’en passer, tant les progrès et les performances qu’elle engendre sont inégalables. Le général Patrick Perrot en faisait d’ailleurs l’analyse dans un article rédigé pour CyberCercle, en déclarant que « nous ne pouvons ignorer que le niveau actuel de l’intelligence artificielle supplante d’ores et déjà les performances de l’intelligence humaine dans bien des domaines : l’I.A. calcule mieux, mémorise mieux, voit mieux, détecte mieux, classifie mieux... » C’est pourquoi, dès la fin de l’année 2020, la gendarmerie a lancé un MOOC « I.A. », à destination de tous ses personnels, auprès desquels elle diffuse également une revue bimestrielle, Cultur'IA, pour une meilleure appropriation de l'I.A. dans le domaine de la sécurité.
À noter : selon la norme ISO 2382-28, l’I.A. est définie comme « la capacité d’une unité fonctionnelle à exécuter des fonctions généralement associées à l’intelligence humaine, telles que le raisonnement et l’apprentissage. »
Optimiser la lutte contre la délinquance

L’I.A. apporte une plus-value majeure en matière de lutte contre la délinquance. Aujourd’hui, les sources de données sont nombreuses et hétérogènes : communications SMS ou réseaux sociaux, géolocalisation, images, sons, vidéos, et bien d’autres encore. En analysant cette masse d’informations conséquente en un temps record, elle permet d’orienter l’action des forces de sécurité. L’étude des interventions au cours des années antérieures sur un secteur donné permet, par exemple, de déterminer le nombre de patrouilles nécessaires afin de couvrir un maximum d’interventions et, ainsi, d’optimiser l’empreinte terrain. C'est l'objet des développements autour d'une analyse prédictive des faits de délinquance comme des interventions.

En matière judiciaire également, l’I.A. trouve toute sa place. L’analyse de l’environnement d’un délinquant et l’exploitation des différentes données contribuent à mettre en évidence des signaux faibles et ainsi à anticiper l’activité criminelle.
Replacer l’Humain au cœur de l’action

En matière de sécurité publique générale, l’I.A. s’inscrit parfaitement dans la volonté d’accroître le contact humain entre les forces de sécurité et la population. Si elle ne remplace pas le gendarme, elle allège néanmoins ses tâches. Grâce à un système performant d’exploitation des données et une rapidité d’analyse, elle libère aux gendarmes du temps, qui sera mis à profit auprès de la population. L’I.A. a donc toute sa place dans la stratégie de transformation Gend 20.24, visant à recentrer l’action de la gendarmerie sur la population et à placer cette dernière au cœur de la mission.

Ses bénéfices sont également visibles dans le domaine des Ressources humaines (R.H.). En mettant à disposition du gestionnaire des outils lui permettant de traiter plus rapidement les différentes données ou de répondre à des questions de portée générale, l’I.A. lui permet de se recentrer sur le militaire, apportant ainsi plus d’humanité au traitement de son dossier. Une illustration concrète de cette transformation est la mise en place des chatbot, d’abord à destination des officiers (2019), puis des sous-officiers du corps technique et administratif (2020) et, enfin, des sous-officiers de gendarmerie et des volontaires (2021).

Dans ce domaine, la gendarmerie a d’ailleurs été précurseur, puisqu’il s’agit du premier chatbot R.H. de la fonction publique à destination des agents. Le principe est simple : le gendarme pose une question à l’interface, qui va lui répondre directement dans les secondes qui suivent. Mais aucun humain n’apporte cette réponse, l’I.A. seule s’en occupe. La question atteint en fait un moteur conversationnel, qui va comparer ses termes avec des données et des phrases de référence prédéfinies par le concepteur du chatbot. À la suite de cette comparaison, le moteur va apporter la réponse qui semble être la plus pertinente.

Une I.A. « en confiance »

« L’impact à court terme de l’intelligence artificielle dépend de qui la contrôle. Et, à long terme, de savoir si elle peut être tout simplement contrôlée. » Ce discours de Stephen Hawking amène à se poser la question du cadre dans lequel est développée l’I.A. Comment développer une I.A. « positive » ? Pour fonctionner, l’I.A. collecte et traite une masse de données conséquente, dont celles à caractère personnel. L'I.A. est assujettie à un cadre juridique, tant sur le plan administratif que judiciaire, garant du respect des libertés individuelles. À ce cadre juridique s’en ajoute un second : le cadre éthique. Selon le domaine d’action, il faut veiller à la place de l'Humain dans le processus de décision. La décision finale doit relever d'un choix et d'une supervision de l’Humain. Le principal concerné par la mesure doit également connaître les principes fondamentaux qui lui ont permis d’aboutir. Il ne s’agit en effet pas de remplacer le décideur par la technologie, mais d’améliorer les process pour faciliter sa tâche. L’I.A. n’est pas une fin en soi et doit être utilisée en complémentarité des actions humaines et exploitée à bon escient. Pour éviter les dérives ou usages malveillants, il est donc nécessaire de la comprendre et d’en connaître les effets. C’est la stratégie poursuivie par la gendarmerie dans son processus d’intégration de l’I.A. et de publication de sa charte éthique, afin que cette dernière soit une force positive, au service du citoyen.

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2022/l-intelligence-artificielle-un-enjeu-essentiel-pour-la-securite
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Gendarmerie Nationale / La gendarmerie organise son premier hackathon ....
« Dernier message par Jeano 11 le 28 mai 2022, 12:47:54 »
.... sur le thème de l’intelligence artificielle !

Auteur : Pablo Agnan

Le premier hackathon organisé par la gendarmerie sur le thème de l’intelligence artificielle s’est tenu du 13 au 15 mai, à Issy-les-Moulineaux, sous la conduite du coordonnateur national pour l'I.A. de la gendarmerie. Ce challenge a rassemblé 235 participants de tous horizons, dont une équipe de la gendarmerie, composée de personnels du Pôle judiciaire (PJGN), qui est parvenue à se placer sur le podium.

L’Intelligence artificielle (I.A.) est, pour la gendarmerie, un enjeu majeur qui s'inscrit dans les différents piliers de la stratégie GEND 20.24. La phrase est écrite au présent, puisqu’il ne s’agit plus d’une fiction éloignée, mais bien d’une réalité. Elle est déjà utilisée par les gendarmes pour mieux appréhender la délinquance, grâce à l'analyse prédictive, mais aussi dans le cadre de l'authentification des « deepfakes », ou encore dans le domaine des ressources humaines, par l'utilisation d'un chatbot dédié.

Mais cet avant-goût ne constitue que les prémisses du potentiel d’utilisation de l’I.A. D’aucuns considèrent son avènement comme une quatrième révolution industrielle, dont les impacts dans les divers secteurs de notre société ne sont pas encore tous identifiés.

Néanmoins, pour la gendarmerie, l’intégration de l’I.A. dans son processus d’expansion technologique est d’ores et déjà engagée. Et cette évolution passe par une meilleure compréhension des concepts mathématiques de l’intelligence artificielle, afin de prévenir tout effet de boîte noire et d'exploiter les opportunités offertes en responsabilité.                                                                               
Un marathon de la programmation

C'est dans cet état d'esprit de transparence et d'une démocratisation de l'I.A. que l’institution a organisé, du 13 au 15 mai, sous l’égide de son Service de la transformation (S.T.), un hackathon de  l’intelligence artificielle. Pour les néophytes, un hackathon est un événement durant lequel des groupes de développeurs volontaires se réunissent pendant une période de temps donnée, afin de travailler sur des projets de programmation informatique de manière collaborative.   

Et cette fois-ci, durant 24 heures, les participants devaient plancher sur deux challenges au choix. En effet, la gendarmerie s'est associée avec les Programmes des Nations-Unies pour l’environnement (UNEP) et l’Agence française de développement (AFD) pour proposer un challenge dédié à la transcription automatique de la parole et un second au classement automatique de textes autour des 17 ODD (Objectifs de Développement Durable). L'occasion, si cela était nécessaire, de témoigner de la convergence, pour la gendarmerie, entre les sujets de protection du citoyen et de l'environnement.
La transcription comme outil opérationnel

Il s’agissait donc pour les candidats au challenge gendarmerie de plancher sur la transcription automatique de parole. En effet, cette tâche est particulièrement chronophage et concerne des préoccupations diverses, comme la transcription d'écoutes téléphoniques, d'enregistrements des Centres d’opérations et de renseignement de gendarmerie (CORG) ou encore d'auditions. Une application qui pourrait rendre de grands services aux gendarmes.

La compétition avait donc pour objectif d'évaluer la pertinence d’emploi de systèmes automatiques de transcription, dénommés Speech-to-Text, appliqués à une variété de sources d'enregistrement (radiophoniques, télévisuels, téléphoniques, etc.).

« Il s’agit en clair de transformer des ondes en texte », résume le lieutenant-colonel Daniel Camara, membre de l’équipe gendarmerie de cet hackathon et l’un des responsables du projet de recherche « INSPECTr »* au PJGN (Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale). Mais la transcription automatique de la parole ne constituait pas le seul objectif de ce challenge. L'ensemble des participants devait en effet s'atteler à un véritable défi dans un temps extrêmement limité au regard de la tâche à accomplir.
Ainsi, comme l'énonce le chef de l'équipe gendarmerie, il s'agissait de « segmenter les locuteurs, de déterminer leur genre, de détecter automatiquement la langue parlée, de résumer mécaniquement le texte transcrit, d’analyser les sentiments et, enfin, de déceler les propos haineux ainsi que les entités nommées. » 
Une troisième place pour l’équipe gendarmerie

Un hackathon, comme son nom l’indique, ce sont 24 à 48 heures de travail, et du sommeil à récupérer, tant pour les équipes que pour les organisateurs, comme le souligne le lieutenant-colonel Mikael de Miras qui, la nuit durant, a dû mettre au point la procédure d'évaluation des plateformes.

Le week-end s'est achevé par la proclamation du jury, composé, pour la gendarmerie, de Mme Ysens de France (S.T.), de monsieur Mike Gbadamassi (S.T.), du lieutenant-colonel de Miras (PJGN) et du général Patrick Perrot (S.T.).

L’équipe gendarmerie s’en est plutôt bien tirée, puisqu’elle arrive à une honorable troisième place, avec un niveau de performance très satisfaisant.
Pour le général Patrick Perrot, coordinateur I.A. de la gendarmerie, « l'équipe du PJGN a montré la richesse des talents que nous avons en interne et la capacité à développer des systèmes dont nous avons la compréhension et la maîtrise. »

L’événement se déroulait dans les locaux de l’ISEP, une école d’ingénieurs du numérique, partenaire de la gendarmerie pour la chaire « I.A. et Sécurité », avec le concours de son association d’étudiants centrée sur l’innovation, Garage ISEP. 3DS OUTSCALE s'est également associé au challenge, notamment pour la mise à disposition d'infrastructures de stockage des données et de calcul. Le général Perrot, à l'origine de cette initiative, s’est exprimé en ouverture, au cours d’une table ronde sur les défis de l’I.A. pour la sécurité. Celle-ci était précédée d’une conférence sur la stratégie I.A. française, présentée par Renaud Vedel, coordonnateur national pour l’intelligence artificielle.
À noter : « INSPECTr » est un projet de recherche européen qui vise à développer une plateforme de renseignement commune entre différentes entités. Il vise aussi à créer un nouveau processus de collecte, d’analyse, de hiérarchisation et de présentation des données clés, afin d’aider à la prédication, à la détection et à la gestion de la criminalité. La gendarmerie participe à ce projet en tant que partenaire technique. Le PJGN est responsable de la partie concernant le traitement du langage naturel. « Ce n’est pas commun, pour des projets de recherche européens, que les forces de l’ordre participent comme partenaire technique, explique le lieutenant-colonel Camara. Que toute la partie du Traitement automatique des langues (TALN) nous soit confiée démontre la confiance du projet dans la capacité de la gendarmerie à apporter des solutions innovantes dans ce domaine. »

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2022/la-gendarmerie-organise-son-premier-hackathon-sur-le-theme-de-l-intelligence-artificielle
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La loupe de Sherlock Holmes, la pipe de Maigret, le cigare de Colombo… Tout cela ne suffira plus aujourd'hui à venir à bout des énigmes policières. Désormais, les enquêtes sont devenues des opérations complexes, faussement lentes, qui ratissent large le moindre indice et ne laissent plus beaucoup de place au flair ou à l'intuition. Mais les résultats sont là : il devient de plus en plus difficile d'échapper à la justice, malgré le temps qui passe.

Le temps ?
C'est près de vingt ans après ses crimes que Jacques Rançon est jugé, actuellement, devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales. Pourtant, ce cariste avait été gardé à vue, après les meurtres d'Anne-Marie Gonzalès et Moktaria Chaïb. Mais à l'époque, il était passé entre les mailles du filet, car les analyses ADN n'étaient pas assez performantes. Ce n'est qu'en 2014 que l'on a retrouvé une minuscule trace sur la chaussure de Moktaria Chaïb.
Un indice infinitésimal, qui a permis d'extraire un ADN partiel. Qui a permis de retrouver Rançon dans le fichier des délinquants sexuels.

Du temps, il en a fallu aussi pour confondre Jonathann Daval. Alexia a disparu le 28 octobre. Et dès le départ, les enquêteurs ont eu de lourds soupçons sur le mari. Autrefois, ils l'auraient sans doute mis en garde à vue très vite, espérant obtenir des aveux dans les 48 heures réglementaires. Mais ils n'avaient, à ce moment-là, pas de «billes», comme disent les policiers.
Alors, les gendarmes ont préféré prendre leur temps. Relever patiemment tous les indices. Vérifier les «bornages» des téléphones. Entendre longuement tous les témoins. Et surtout «fermer les portes», c'est-à-dire exclure les autres hypothèses : présence ou non d'un amant suspect, différend professionnel, mauvaise rencontre, etc...

Une autre nouvelle technique a été utilisée dans cette affaire : la garde à vue «à la canadienne». Une audition tout en psychologie où le suspect se retrouve pris au piège de ses propres mensonges et de ses propres contradictions.

Les dernières techniques d'investigation ont également été utilisées dans l'affaire de la disparition de la petite Maëlys.

Assez rapidement, les enquêteurs ont eu de très gros doutes sur le rôle de Nordahl Lelandais. Et ont utilisé tout ce que les méthodes modernes mettaient à leur disposition.

Ainsi, malgré le lavage en règle de la voiture de Lelandais, ils y ont découvert d'infimes traces d'ADN appartenant à la fillette, puis une trace de sang. On a utilisé aussi la technique «olfactive», une nouvelle manière d'utiliser le flair des chiens policiers, pour déterminer la présence d'une personne dans un endroit. Mais les malinois ont été malades, incommodés par les vapeurs de détergeant du coffre !

On a également utilisé les images de vidéosurveillance de la ville voisine, où l'on a repéré, sans aucun doute possible, la voiture de Lelandais sur les enregistrements.

Hélas, ces techniques d'investigation, les criminels aussi les connaissent.

Ainsi, Nordahl Lelandais a passé plusieurs heures à nettoyer sa voiture, le lendemain de la disparition de Maélys : pour qu'elle soit impeccable avant de la vendre, a-t-il assuré. Très vraisemblablement pour y faire disparaître toute trace d'ADN.

De même, par deux fois, Lelandais a éteint son téléphone mobile, le soir de la disparition : précisément parce qu'il savait que l'on peut reconstituer le parcours d'un individu, grâce au «bornage» de son téléphone.

Une méthode qui a été utilisée aussi pour la disparition du jeune militaire, Arthur Noyer. C'est avec le bornage que l'on a pu établir que Lelandais se trouvait à proximité du caporal-chef, lorsque celui-ci disparaît. Même si, comme pour l'affaire Maëlys, il a éteint – par précaution ? – son mobile plusieurs heures ce soir-là.

Faire disparaître les traces d'ADN ?
C'est ce que Jacques Rançon a tenté de faire de manière atroce, en mutilant ses deux victimes, après les avoir violées et tuées.

Le bornage, le recueil des traces d'ADN, l'examen des caméras de vidéosurveillance, autant d'éléments qui ont permis de réaliser une enquête d'une complexité gigantesque : la reconstitution des attaques du 13 novembre 2015.

Des mois et des mois d'enquête et de recoupements mis bout à bout, qui ont permis de comprendre avec une très grande précision la chronologie exacte des événements, pour chacun des protagonistes, depuis la préparation longuement en amont du côté de Molenbeck, jusqu'à l'assaut de la planque de Saint-Denis.

Les nouvelles techniques policières permettent non seulement de retrouver les coupables, mais aussi elles apportent les éléments matériels qui permettent de mieux comprendre comment se sont déroulés les faits. Et ainsi mieux éclairer la justice.

À Toulouse, les experts sont à pied d'œuvre !

C'est à deux pas du canal du Midi que, derrière éprouvettes, pipettes et autres microscopes, travaillent les policiers du pôle criminalistique, l'Institut national de la police scientifique (INPS) de Toulouse, l'un des cinq en France avec Paris, Lille, Lyon et Marseille.

Là, des policiers qui sont aussi des experts scientifiques mettent toute leur expérience en œuvre pour tenter de confondre les criminels, s'il le faut, des années après. Mais leurs techniques peuvent aussi s'appliquer à des actes moins sanglants, comme des cambriolages, ou des braquages de banque.

Le fameux «gang des égoutiers» qui avait réalisé une spectaculaire opération à Bessières, en Haute-Garonne, a pu être identifié, grâce à des méthodes de surveillance hyper pointues permettant leur arrestation deux ans après le braquage.

Les nombreuses filatures techniques opérées par les gendarmes de la section de recherches de Toulouse et du groupe d'observation et de surveillance (GOS) ont permis l'interpellation de 14 suspects après un contrôle routier du côté de Cannes.

Ces malfaiteurs chevronnés, inspirés du «casse du siècle» à Nice, avaient emporté 2,5 millions d'euros, en mars 2014, en empruntant un tunnel creusé à partir d'une canalisation.

Désormais, quelles que soient les affaires qui sont traitées par les policiers, les preuves scientifiques ont au centre de la procédure judiciaire. Cela s'entend bien sûr pour les crimes de sang, mais cela se développe tout particulièrement aussi en matière de terrorisme.

La police scientifique permet de poursuivre les auteurs parfois plusieurs mois ou années après les faits. Ces experts savent aussi à partir de leurs résultats se constituer des banques de données qui leur seront utiles, un jour ou l'autre.

Sur les bords du canal du Midi, sont ainsi regroupés tous les services de criminologie de la police nationale, à l'exception de quelques spécialités (graphologie, vidéo, téléphonie et informatique). Cela permet aux enquêteurs qui sont sur le terrain de monter directement vers les laboratoires, avec les prélèvements réalisés sur les scènes de crime.

Identifié en quatre heures

«Récemment, un homme en garde à vue qui niait une agression a été confondu en quatre heures avec l'identification de ses empreintes» par le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), témoigne un scientifique.

À leur retour d'une scène de cambriolage, les enquêteurs remettent leurs prélèvements papillaires au Service régional d'identité judiciaire (SRIJ). Ils n'auront qu'un étage à gravir pour déposer les éventuels prélèvements ADN, à l'INPS.

En plus de 5 500 sorties en 2015, les 26 policiers du GEC ont relevé 4 663 traces papillaires, provenant du derme des doigts ou des paumes d'un suspect.

Chaque cambriolage est l'occasion de recueillir des indices sur lesquels on s'appuie.» En 2015, les scellés comptaient plus de 30 800 pièces. Un tiers des cambriolages commis en zones police sont ainsi élucidés, 20 % quand les effractions ont lieu en zones gendarmerie.

Au SRIJ, le bandeau jaune «scène de crime», bien connu des séries télévisées, affiche la couleur.

Une «traceuse» s'active sur son ordinateur pour encoder les caractéristiques de traces papillaires. Des sortes de spermatozoïdes apparaissent à l'écran. Ces signes permettront un rapprochement avec le fichier national. La condition ? Douze caractéristiques communes.

À côté, une pancarte «Danger labo chimie» annonce l'entrée d'un laboratoire où les chimistes vont faire apparaître des traces invisibles, grâce à de la colle et à un four. Une salle de séchage est destinée notamment aux vêtements ensanglantés. Ici, on fait la chasse à l'humidité, qui menace de détruire les preuves.

À l'étage au-dessus, l'INPS, compétent sur tout le Sud-Ouest, y compris pour la gendarmerie, œuvre à la recherche d'ADN et au fichier des empreintes génétiques (Fnaeg) mais aussi à la toxicologie, aux explosifs ou encore au récent Fichier national de l'identification balistique (Fnib) La gendarmerie nationale a pour sa part fait le choix d'un laboratoire centralisé, unique, capable de se projeter n'importe où en France ou à l'étranger, comme sur les lieux du tsunami de 2004 en Thaïlande ou encore sur ceux de l'accident de bus de Puisseguin et tout dernièrement en Ukraine.

Dominique Delpiroux
https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/18/2762020-la-science-aura-t-elle-raison-du-crime-parfait.html
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Police scientifique : « Nous misons beaucoup aujourd'hui sur le portrait-robot génétique »

Patron de la police scientifique, l’inspecteur général Eric Angelino est à la tête d’une institution basée en banlieue lyonnaise et passée en quelques années des enquêtes à la « Maigret » au siècle des « Experts »

Pionnière en matière scientifique au début du XXe siècle, la police française se sera ensuite longtemps reposée sur ses lauriers. Jusqu’à ce que quelques polémiques ne fassent enfin avancer la cause ?

À la fin des années 1980, on s’est aperçus que nous étions arrivés au bout d’une certaine logique, celle de recruter des policiers pour ensuite les former à la science. Mieux valait faire l’inverse, d’abord aller chercher des scientifiques à part entière et les acculturer à la police dans leurs domaines de compétences respectifs. Quelques affaires nous ont aussi permis de constater, hélas, que nous devions relancer la machine. L’affaire Grégory d’abord, puis la traque du tueur en série Guy Georges, qui aboutira à la création d’un fichier d’empreintes génétiques. Aujourd’hui, la police nationale compte 3 000 scientifiques dans ses rangs.

Certains évoquent aussi une discipline longtemps sous-estimée, pour ne pas dire méprisée, quand la culture de l’aveu restait bien plus forte chez nous que dans les pays anglo-saxons…

Disons que la France s’appuyait historiquement sur une procédure inquisitoire, contrairement aux pays anglo-saxons qui, eux, pratiquent l’accusatoire. Avec l’évolution des méthodes et l’apport d’indices scientifiques très forts, cette culture de l’aveu a un peu perdu de son intérêt. Je rappelle au passage que les fichiers biométriques ont permis – notamment aux États-Unis – de sortir des couloirs de la mort un certain nombre de condamnés. Lorsque l’on pense à la science qui accuse, n’oublions pas celle qui innocente.

Désormais réhabilitée, la police scientifique ne suscite-t-elle pas à l’inverse une attente démesurée ?

Sous l’effet des séries télévisées américaines très populaires, le public nous croit, en effet, capables de beaucoup de choses… Sauf qu’il y a des limites à la science et à nos connaissances. Mais il est vrai que la police scientifique prend une part de plus en plus prépondérante dans les investigations, et que si par le passé certains enquêteurs pouvaient rechigner, désormais il n’y a plus aucun débat.

Y a-t-il malgré tout quelque chose à sauver parmi toutes ces séries tellement éloignées de votre réalité ?

Je ne les regarde pas, mais le peu que j’en ai vu fait référence à des technologies qui existent, bien que souvent romancées. Sans compter les procédures américaines, totalement différentes des nôtres, ni le rôle que l’on fait jouer à ces scientifiques qui résolvent l’enquête à eux seuls et en cinquante-deux minutes publicités comprises. Pour autant, je dois reconnaître que ces séries nous amènent un public conséquent de jeunes candidats à une carrière dans nos rangs. On pourrait d’ailleurs se poser la question de savoir si la télé n’en montre pas trop, mais dans une société où l’échange d’informations est devenu si intense, il me paraît difficile de vouloir à tout prix cacher ces techniques. Le fait que celles-ci soient aussi variées fait d’ailleurs qu’il est difficile d’échapper à l’une ou à l’autre. L’apprenti criminel devrait pour cela ne pas laisser d’empreintes papillaires, d’odeurs, ni de traces ADN ou numériques. Je pense au contraire que la télévision a plutôt tendance à décourager certaines vocations hors-la-loi.

Difficile alors d’expliquer au grand public que la police ne va pas déployer ses experts sur chaque scène d’infraction banale…

Au contraire, les citoyens voient déjà débarquer la police scientifique pour des affaires qui les touchent au quotidien, qu’il s’agisse d’un cambriolage ou d’un vol de voiture. Nous sommes passés d’une police autrefois réservée aux dossiers exceptionnels à une police de proximité. Mais tout cela a un coût important, et nous devons en permanence le jauger au rapport du bénéfice. Le travail de la scientifique est à l’image de ce que font les constructeurs automobiles entre la Formule 1 et les véhicules du quotidien. On expérimente ici des procédés pour mieux les décliner ensuite dans les configurations moins onéreuses, plus accessibles aux policiers moins spécialisés.

Figure du 36 quai des Orfèvres, le commissaire Marlet évoque pourtant une inégalité de traitement selon que l’on est assassiné à Paris ou bien en rase campagne…

Je ne partage pas cette idée. Nous comptons plus de 600 services de police scientifique de proximité, cinq laboratoires répartis à travers l’ensemble du territoire, et la gendarmerie bénéficie elle aussi de son Institut de recherche criminelle. Encore une fois, le matériel employé et notre champ d’action sont gradués en fonction de la gravité des faits, mais nous intervenons partout et dans tous les domaines : aussi bien sur un accident du travail qu’un attentat, ou bien aux Antilles d’où nous revenons.

Vingt ans après la création du fichier des empreintes génétiques, de quelle nouvelle révolution peut rêver la police scientifique ?

Nous misons beaucoup sur le portrait-robot génétique, qui pourrait offrir des caractéristiques physiques précises, et pallier ainsi les gros défauts du traditionnel portrait dessiné. Mais la police scientifique reste aussi l’affaire de valeurs sûres que nous améliorons sans cesse : les traces papillaires que l’on cherche sur de nouvelles surfaces, le fichier des empreintes génétiques qui a permis l’an dernier d’identifier près de 37 000 suspects, et puis bien sûr le numérique pour lequel il reste tant à faire. Conjugué à l’arrivée de la 5G, l’essor des objets connectés promet ainsi de démultiplier les traces laissées par les individus.

Aux États-Unis, les scientifiques s’appuient sur les « fermes de cadavres », de véritables laboratoires de la mort à ciel ouvert où l’on étudie la décomposition des victimes. Dans un autre registre, le profilage a-t-il quelque chose à voir avec votre police scientifique ?

Sans les « élever » dans des fermes pour voir comment ils se décomposent, les instituts médico-légaux comptent déjà suffisamment de cadavres hélas écrasés, brûlés ou noyés pour que l’on ait une idée assez précise du sujet. Pour ce qui est du profilage, nous ne l’incluons pas dans la criminalistique. Face aux ressorts psychologiques, la police scientifique privilégie les sciences dures, avec des statistiques précises et des probabilités qui se révèlent exactes à 99,99 %. Le profilage relève davantage des sciences humaines.

Source : https://www.sudouest.fr/societe/police-scientifique-nous-misons-beaucoup-sur-le-portrait-robot-genetique-7348845.php
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Phénotypage : l’ADN peut-il vraiment aider à établir un portrait-robot ?

Le phénotypage donne des informations au sujet d’une personne à partir de son ADN. Mais cette méthode a ses limites.
@ Jehan Khodl

Couleur des yeux, des cheveux et de la peau, âge et origine ethnique, l’ADN retrouvé sur une scène de crime peut donner des précisions sur un individu recherché. Un projet de loi est en consultation pour permettre le phénotypage. Plongée au cœur du génome.

Le drame d’Emmen, petite ville au nord de Lucerne, a frappé toute la Suisse.
En juillet 2015, alors qu’elle rentre chez elle, une jeune femme est brutalement poussée de son vélo et violée. Il est environ minuit et elle est à 500 mètres de chez elle. Le choc subi en tombant sur le sol est si violent que la Lucernoise de 30 ans est aujourd’hui tétraplégique. À ce jour, malgré des profils ADN établis pour quelque 400 hommes afin de comparer leur ADN avec celui retrouvé sur les habits de la victime, l’agresseur court toujours.

C’est cette tragique affaire non élucidée qui a amené un conseiller national lucernois à déposer une motion demandant un changement de loi pour permettre l’exploitation de séquences codantes de l’ADN.
 Le but ? En savoir plus sur l’origine ethnique, l’âge, la couleur des cheveux, des yeux et de la peau de la personne recherchée. Lancée fin août 2019, une procédure de consultation est en cours.
 À cette occasion, Karin Keller-Sutter, ministre de la Justice et Police, a rappelé que la science a fait des progrès importants depuis 2005, date de l’entrée en vigueur de l’ordonnance sur les profils d’ADN. Actuellement, loi oblige, seul le sexe de l’auteur peut être déterminé à partir d’une trace ADN.

Un portrait-robot génétique ?

Aujourd’hui, les résultats du phénotypage – de son vrai nom phénotypage moléculaire forensique – associés à d’autres informations, comme les témoignages et l’analyse de données numériques, permettent de dresser un tableau plus précis de l’individu recherché. Deux pays ont déjà légalisé cette pratique : les États-Unis et les Pays-Bas.

Aux États-Unis, le pays qui a métamorphosé les experts de la police scientifique en stars de séries TV, cette pratique prend une dimension quasi hollywoodienne.
La société Parabon NanoLabs se vante, notamment, d’aider la police à résoudre des «cold cases» – les affaires non résolues – plus rapidement grâce au phénotypage. La firme suggère qu’il est possible de «prédire l’apparence» d’un agresseur et dresser une sorte de portrait-robot génétique. Elle publie sur son site internet des infographies spectaculaires montrant une photo de la personne appréhendée, et le portrait-robot du suspect. Ce portrait-robot, les chercheurs de Parabon l’auraient imaginé en analysant des paramètres relatifs à la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, mais aussi des taches de rousseur, de la morphologie du visage ou de l’implantation des cheveux.

Phénotypage et garde-fous

En Suisse, le phénotypage ne pourra être utilisé que pour élucider des crimes comme le viol, le meurtre, le brigandage aggravé ou la prise d’otages et devra être ordonné par le Ministère public. De plus, le résultat des analyses ne pourra servir que dans le cadre d’enquêtes portant sur un cas concret. Ce résultat ne sera pas enregistré dans la banque de données ADN.

Généticien forensique, responsable de l’Unité de génétique forensique (UGF) au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), Vincent Castella est au cœur de la question. «L’UGF est le laboratoire de référence pour les polices et ministères publics des six cantons romands. L’unité de génétique forensique est dédiée aux expertises ADN pour tous les cantons romands. Nous nous occupons d’affaires routinières telles que les vols, mais également de crimes graves, tels que des agressions sexuelles et des homicides.» Il est également maître d’enseignement et de recherche et privat-docent à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne.

Pas moins de 25 personnes travaillent pour l’UGF, dont 11 techniciennes en analyses biomédicales. Ce sont elles qui prennent en charge les échantillons reçus, soit plus de 20 000 par année, et les analysent. «Nous recevons des échantillons relativement standard qui peuvent être traités de façon classique, mais également des prélèvements qui sont attachés à des affaires particulières par leur gravité ou leur urgence ou parce qu’il s’agit d’échantillons un peu spéciaux.» Dès réception de ces derniers, les scientifiques de l’UGF définissent le processus analytique en fonction des informations reçues des polices cantonales afin de maximiser le succès de l’analyse et d’obtenir des résultats pertinents.

B. A.-BA de la génétique forensique

On l’aura compris, avant d’arriver à la notion de phénotypage, mieux vaut passer par un petit cours accéléré de génétique forensique. Le généticien vaudois détaille: «Dans un premier temps, il s’agit de savoir si des tests, appelés tests indicatifs, sont utiles pour les échantillons reçus.» Ces tests indicatifs permettent de donner des informations sur la présence de sang, de sperme, de salive ou d’urine. Il n’y a qu’un seul moment où on peut faire ce test. «Si on le loupe, l’échantillon est consommé. En d’autres termes, c’est cuit.»

La deuxième étape est l’extraction d’ADN. Les techniciennes vont récupérer l’ADN sur l’écouvillon reçu (coton tige humidifié). Les échantillons standard sont analysés grâce à deux automates. Pour les échantillons particuliers, prélevés par exemple dans le contexte d’une agression sexuelle, il existe des protocoles manuels. Ces échantillons comportent en effet beaucoup d’ADN féminin et des quantités très faibles d’ADN masculin présent dans les spermatozoïdes. «Nous avons des moyens techniques d’enrichir une partie de ce matériel en ADN qui vient des spermatozoïdes. En fonction des caractéristiques de l’échantillon, cela peut permettre d’isoler l’ADN masculin, donc de l’agresseur présumé.»

La troisième étape consiste à quantifier l’ADN. «Cette quantification se fait par “PCR quantitative“, et là, nous allons apprendre pas mal de choses: la proportion d’ADN masculin-féminin, la quantité absolue, sa qualité et éventuellement s’il y a des substances qui pourraient interférer avec l’amplification qui se fera juste après et qui représente la quatrième étape.»

Lorsque l’ADN est amplifié, la plupart du temps, décision est prise de cibler les régions qui sont sur l’ADN qui se situe dans le noyau des cellules et sur les 22 chromosomes, hors de la paire de chromosomes sexuels.

«Cet ADN amplifié sera analysé sur des appareils appelés analyseurs génétiques, qui vont permettre de révéler le profil ADN. C’est la cinquième étape de l’analyse. Une fois que le résultat est validé, tout est contrôlé une deuxième fois. Si le profil a la qualité requise, il pourra être transmis à la banque de données nationale de profils ADN. Elle répertorie environ 200000 profils de personnes connues – soit suspectées ou condamnées en Suisse – et 85000 profils ADN de traces, donc des éléments anonymes.

La force des liens établis entre les profils ADN de traces et ceux de personnes est déterminée par les scientifiques de l’UGF au moyen de calculs de probabilité. Mais que faire si aucun lien n’a été établi? Comme aider à retrouver le donneur de la trace, supposé être l’auteur du crime?

41 marqueurs pour le phénotypage

Et Vincent Castella d’expliquer: «À partir de là, l’idée est de se dire: nous pouvons extraire de l’information dans cet ADN laissé par l’auteur sur les lieux du crime, exploitons-la.» Cet ADN peut permettre de faire des prévisions sur l’apparence de la personne qui est à l’origine de la trace. «Par exemple, le système HIrisPlex-S contient 41 marqueurs et permet de faire des prévisions concernant la couleur des cheveux (H pour Hair), des yeux (Iris) et de la peau (S pour Skin). Ces prévisions sont également associées à des probabilités.

Il faut savoir qu’entre deux génomes – ensemble des chromosomes et gènes – humains tirés au hasard, 99,9% de la séquence d’ADN est identique. Les 0,1% restants contiennent des variations de séquences dont le type le plus commun est le «polymorphisme d’un seul nucléotide» (SNP). Ils représentent plus de 90% de toutes les différences entre les individus. C’est eux que le phénotypage utilise pour les marqueurs de pigmentation et d’origine biogéographique. La détermination de cette dernière nécessite l’analyse d’une centaine de SNP appelés AIMs pour «ancestry informative markers». La détermination de l’âge nécessite une tout autre approche. Elle tire parti d’une modification «épigénétique» de l’ADN par laquelle certaines cytosines, une des quatre bases qui constituent l’ADN, ont un taux de méthylisation qui évolue avec l’âge des personnes. En analysant le taux de méthylisation de 10 à 20 sites, il est possible de réaliser des prévisions dans une fourchette d’environ 8 ans.

Haute précision théorique

En amont de ces outils mis à disposition pour le phénotypage tels que le HIrisPlex-S, des scientifiques étudient de grandes cohortes d’individus dont ils analysent l’ADN et répertorient les caractères. Ce sont ce qu’on appelle des études d’association au travers du génome. «Ces scientifiques vont éventuellement mettre en évidence des associations. Elles ne veulent pas forcément dire qu’il y a un lien de cause à effet, c’est uniquement une association statistique.» C’est justement à partir de toutes ces données qu’une équipe néerlandaise a mis au point le modèle mathématique pour identifier la couleur des yeux, des cheveux et de la peau. Dans une étude précédente publiée en 2014 1), le modèle permettait d’obtenir une prédiction théorique de 95% pour les yeux de couleur marron, 94% pour les yeux de couleur bleue, 74% pour les yeux de couleur intermédiaire, à savoir ni bleue ni marron, 93% pour les cheveux roux, 87% pour les cheveux noirs, 82% pour les cheveux bruns, 81% pour les cheveux blonds.

Si Vincent Castella voit ces avancées scientifiques d’un bon œil, il reste circonspect par rapport aux résultats«magiques» du phénotypage que font miroiter certains laboratoires américains. «Ces laboratoires commerciaux mettent en avant des choses incroyables. L’un d’eux a présenté une sorte de dessin de la qualité d’une photo, un portrait-robot. La personne avait une certaine coupe de cheveux, une moustache, un nez large. Mais comment arrivent-ils à ce portrait avec uniquement l’origine, l’âge, la couleur des yeux, des cheveux et de la peau à disposition? La science est loin d’en être là. Il est possible que ce laboratoire se soit inspiré de la photo du criminel pour dessiner ce portrait après coup». Un tour de passe-passe qui risque de générer des attentes élevées du côté des policiers et des magistrats. «Il y a quand même une grande différence entre un portrait-robot de la qualité d’une photo et une description plus réaliste du type: la personne à l’origine de la trace est un homme européen entre 30 et 40 ans avec les yeux et les cheveux bruns.»

Revers de la médaille

Au fait, quelle aide aurait amenée le phénotypage dans le drame d’Emmen? «Si la police avait eu des informations sur la couleur présumée des cheveux, des yeux, de la peau et de l’origine ethnique, elle aurait peut-être commencé par les 20 hommes qui présentaient des caractéristiques similaires à celles qui ont été prédites par l’ADN

retrouvé sur la victime au lieu de faire les 400 analyses en même temps. Puis les policiers auraient comparé le profil ADN de ces personnes avec celui de la trace et auraient constaté que le suspect n’était pas l’un d’eux. Ils auraient donc élargi à 100 hommes; ils n’auraient toujours pas trouvé. Et ainsi de suite, jusqu’aux 400 personnes. On va dire que cet élément accélérateur que peut représenter le phénotypage, finalement, n’aurait pas beaucoup servi dans ce cas.» À moins que ces informations aient pu permettre d’exclure formellement certaines personnes ou, peut-être, de générer de nouvelles pistes.

Autre revers de la médaille de cette technique, la protection de la sphère privée. Comme le rappelle le maître d’enseignement et de recherche vaudois, certains caractères sont visibles par tous comme la couleur des cheveux, des yeux et de la peau. D’autres sont plus sensibles comme l’origine ethnique ou les maladies génétiques. Pour augmenter les chances d’acceptation de ce projet de loi, il est préférable de se limiter à des caractères peu intrusifs. C’est le cas de la proposition du Conseil fédéral.

5000 francs par analyse

Autre détail: pour réaliser un phénotypage, des quantités relativement importantes d’ADN sont nécessaires. «Il faut savoir que 90% des traces que nous analysons sont des traces dites de contact. Elles sont prélevées sur des objets qui sont supposés avoir été touchés par l’auteur. Elles contiennent donc des quantités infimes d’ADN et souvent des mélanges d’ADN de plusieurs personnes. Quant au prix d’une analyse qui permettrait de connaître la couleur des yeux, des cheveux, de la peau, l’origine ethnique et l’âge, elle tournerait probablement autour des 5000 francs pour un à six échantillons. En Suisse, Vincent Castella estime que le nombre annuel de cas graves pour lesquels la police n’a aucun élément est limité. «Si nous arrivons à contribuer à les résoudre, c’est fantastique, mais j’ai l’impression que ce phénotypage prend une ampleur très importante par rapport à l’apport réel que cette technique amènera.» Son sentiment vient du fait que cette technologie en est à ses balbutiements, même si elle est en train de se développer à grands pas. «Peut-être que prochainement, les techniques seront beaucoup plus précises: il y aura plus de marqueurs et ils seront plus discriminants. Je pense qu’en ce sens-là, la révision de la loi est la bienvenue, parce qu’elle ouvre des portes pour le futur.»

Mais il ne faut pas oublier que le déterminisme génétique des caractères est souvent complexe. De plus l’influence de l’environnement n’est pas prise en compte dans ces modèles.

Preuve du fort potentiel du phénotypage, le CURML vient d’engager un collaborateur chargé de la mise au point de cette méthode. «Pour nous, c’est un saut de technologie qui sera de toute façon utile. Les technologies de séquençage à haut débit sont de plus en plus intégrées dans le domaine forensique. Avec l’analyseur classique que nous utilisons actuellement, il est possible de traiter au maximum une trentaine de marqueurs en simultané. Avec le séquenceur à haut débit, il est possible d’analyser plusieurs centaines de marqueurs.»

1) Developmental validation of the HIrisPlex system: DNA-based eye and hair colour prediction for forensic and anthropological usage. Par Susan Walsh (et al.). Forensic Science International: Genetics. Vol. 9, mars 2014, p. 150-161. doi.org/10.1016/j.fsigen.2013.12.006
Sabine Pirolt   

Source : https://wp.unil.ch/allezsavoir/phenotypage-ladn-peut-il-vraiment-aider-a-etablir-un-portrait-robot/
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Police Nationale / Police scientifique : dessiner un portrait-robot avec l’ADN
« Dernier message par Jeano 11 le 27 mai 2022, 11:30:40 »
Les techniques d’analyses ADN ont énormément progressé, au point de pouvoir dessiner des portraits-robots, comme au laboratoire d’hématologie médico-légal de Bordeaux. Enquête sur ce service qui résout des enquêtes impossibles.

C’est dans un laboratoire discret qu’a été créé le premier portrait-robot génétique. A partir d'une "simple" pièce à conviction : le pantalon d’une victime tuée à l’arme blanche. Son sang est mêlé à celui du meurtrier, et les scientifiques vont faire parler les cellules recueillies pour dessiner un portrait-robot du coupable. L’homme est inconnu et ne figure dans aucun fichier de police. Et le laboratoire a été saisi spécialement pour cela.

Des détails physiques toujours plus précis

Après les analyses, les scientifiques sont en mesure de donner des caractéristiques précises du tueur. Couleur des yeux : marron. Teint de peau de type 5. Cheveux noirs. Mais ces scientifiques espèrent aller encore plus loin : "Aujourd’hui, on travaille sur des notions de calvitie, sur la taille des lobes au niveau des oreilles, sur la forme du visage", explique Antoine Doutremepuich, directeur général du laboratoire. Cette méthode, validée par la justice, avait fait ses preuves pour la première fois en 2015.

L’ADN est un précieux allié des forces de l’ordre.
De très nombreuses affaires ont pu être résolues grâce aux techniques d’analyse du génome. À partir d’une trace biologique comme du sang ou de la salive, les policiers et les gendarmes scientifiques peuvent établir un profil génétique. Chaque personne possède un profil unique à l’exception des vrais jumeaux.

Cette technique - aujourd'hui au cœur de l'actualité avec l'affaire le « Grêlé » - est très efficace, à condition d’avoir un autre profil avec lequel le comparer. Une empreinte génétique retrouvée sur une scène de crime sera confrontée à celle d’un suspect ou sera comparée à la base de données nationale : le FNAEG (fichier national automatisé des empreintes génétiques). Cet immense fichier créé suite à l’affaire Guy Georges compte aujourd’hui quelque 3,5 millions de profils !

Ces outils sont puissants, mais que se passe-t-il si l’ADN retrouvé sur une scène de crime « ne parle pas », si aucun recoupement ne peut être effectué, si personne n’est suspecté ? On atteint la limite de la technique, l’affaire peut alors se retrouver au point mort. Que faire ?

Une empreinte génétique classique ne donne pas d’indice morphologique à propos d’une personne à l’exception de la détermination de son sexe. L’ADN recèle, par ailleurs, énormément d’informations sur notre physique : la couleur de nos yeux, de notre peau, de nos cheveux et même, chez les hommes, le risque d’être atteint de calvitie.

Analyser les régions de l’ADN codant pour ces informations permet de dresser un portrait-robot, génétique.
« Le violeur du VIIIe » : changement de règles

Avant cette affaire, il était tout simplement interdit, par le code de procédure pénale de chercher à obtenir des informations physiques à partir d’une trace ADN.

Entre octobre 2012 et janvier 2013, un violeur en série agresse cinq jeunes femmes de 22 à 26 ans à Lyon. Impossible pour ses victimes d’aider à dresser un portrait-robot : il les attaquait à chaque fois dans le dos. Les policiers scientifiques avaient pu établir le profil génétique du criminel mais il n’existait aucune correspondance au FNAEG.

Devant cette enquête au point mort, le juge Michel Noyer en charge de l’affaire va prendre une décision radicale qui fera date : il demande au laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux de tirer de l’ADN « tout élément utile relatif aux caractéristiques morphologiques ». Autrement dit : établir un portrait-robot génétique.
La procédure est alors illégale, le magistrat va donc porter le débat devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, qui rendra un arrêt validant la procédure.
Cette décision entérine l’utilisation de cette technique, que j’ai développée avec mon équipe au laboratoire de police scientifique de Lyon.

La science au service de l’enquête

Notre travail commence donc très concrètement après cet avis. Nous avons développé des méthodes pendant six mois, et au premier janvier 2015. L’Institut national de police scientifique (INPS) a offert à tous les enquêteurs et magistrats la possibilité d’étudier les caractères morphologiques apparents dont la trace n’a pu être identifiée.

En s’inspirant d’autres travaux européens, nous avons commencé par la couleur des yeux, des cheveux, et l’origine biogéographique des personnes. Par la suite avons affiné avec la prédisposition à la calvitie, à avoir des taches de rousseur puis étudié la couleur de la peau. Nous cherchons à aller plus loin : estimer la taille, la corpulence et même l’âge.

Le but ultime n’est pas de dessiner un portrait-robot extrêmement précis mais plutôt de discriminer des personnes dans une liste de suspects afin d’orienter l’enquête. Ce fut le cas dans une affaire de meurtre à Marseille : « l’effroyable affaire de la maman emmurée » comme le titrait La Provence en janvier 2017.

Un entrepreneur réalise des travaux de rénovation dans un appartement, alors qu’il est en train de casser une cloison, il aperçoit un foulard dans les décombres. Il tire dessus et un crâne se met à rouler ! Un corps entier est découvert et amené à l’institut médico-légal local. La date de la mort est très floue : entre un et dix ans. La liste des personnes disparues ou dont on a plus de nouvelles dans la région et sur cette période compte environ 10 000 personnes. Impossible d’investiguer sur chaque personne. Il faut une idée pour hiérarchiser cette liste.

Les enquêteurs nous ont alors demandé d’établir son portrait-robot génétique. À partir de l’ADN extrait des os et des dents, nous avons pu leur dire que ce squelette était celui d’une femme d’origine biogéographique européenne, aux yeux verts, cheveux marron avec des taches de rousseur. La liste des victimes potentielles se réduit alors à une vingtaine de personnes.

Les enquêteurs portent leur attention sur une femme dont personne n’a de nouvelles mais dont le compte bancaire continue à être débité tous les mois. Son fils, avait occupé l’appartement sans jamais avoir signé de bail ni laissé de traces administratives. Interrogé, il admettra avoir tué sa mère, n’avoir jamais déclaré sa disparition pour continuer de profiter de son RSA tous les mois.

Et demain ?

L’arrêt de la Cour de cassation autorisant le portrait-robot génétique ne précise pas les caractères morphologiques utilisables en criminalistique. Chaque laboratoire peut donc faire ses propres analyses. À Lyon, nous avons décidé de travailler sur la détermination de l’âge d’une personne à partir son ADN. Et oui, votre âge est inscrit dans vos gènes ! Enfin ce n’est pas aussi simple : des facteurs environnementaux comme la nourriture ou plus généralement votre mode de vie peuvent affecter l’ADN et donc l’âge prédit. Il existe un âge chronologique réel et un biologique comme deux personnes nées la même année à qui on ne donne pas du tout le même âge.

Dans tous les cas notre ADN vieillit, chimiquement il se charge de petits résidus (processus de méthylation) qui s’accrochent tout au long de notre vie. En déterminant un modèle prédictif de corrélation entre pourcentage de méthylation et âge, nous sommes en mesure de l’estimer de trois à cinq ans près. Toujours dans le but de réduire de longues listes de suspects, cette détermination est cruciale.

Source https://theconversation.com/police-scientifique-dessiner-un-portrait-robot-avec-ladn-103801
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Gendarmerie Nationale / Re : Forum International sur la Cybercriminalité & IRCGN.
« Dernier message par Jeano 11 le 24 mai 2022, 12:59:38 »
Réservistes citoyens et opérationnels, partie intégrante de la communauté cyber

Preuve supplémentaire de la montée en puissance de la filière Cyber, un bureau de la réserve cyber a vu le jour au sein du commandement des réserves de la gendarmerie, regroupant l’ensemble des réservistes citoyens et opérationnels œuvrant dans le domaine. « L’objectif est de mettre en place une véritable communauté cyber intégrant pleinement les réservistes, que ce soit dans les actions de réflexion ou d’animation. De nombreuses initiatives intéressantes sont menées dans les régions, notamment en matière de prévention ou d’accompagnement des victimes. Des outils, des supports sont mis au point, mais restent cantonnés à leur périmètre. L’idée est de pouvoir en avoir connaissance, afin de les relayer, peut-être en les enrichissant d’autres réflexions. »
Une politique partenariale étendue

Pour atteindre ses objectifs, le COMCyberGEND s’appuiera également sur une politique partenariale étendue avec l’ensemble des acteurs gravitant dans le domaine cyber, à l’instar des grands industriels du secteur, du GIP ACYMA, opérant le site cybermalveillance.gouv.fr, émanation de l’ANSSI, mais aussi avec l’Éducation nationale, par exemple pour travailler sur la problématique du cyberharcèlement, les grandes écoles et les universités dans le domaine de la formation, les associations professionnelles, telle l'Association des agents d’assurances, lesquels se retrouvent souvent démunis quand leurs clients sont victimes de rançongiciels, ou encore les associations d’élus.

De nombreux partenariats ont d’ores et déjà été conclus et d’autres le seront très prochainement. Le ministre de l’Intérieur, l’Association des maires de France (AMF) et Cybermalveillance.gouv.fr vont, par exemple, cosigner prochainement un courrier tripartite à l’adresse des maires, afin de leur proposer de réaliser une auto-évaluation de leur état d'exposition au risque cyber (immunité Cyber). L'objectif est de permettre aux collectivités de dresser un état des lieux de leur niveau de protection et, en fonction, de prendre contact avec la gendarmerie pour obtenir des conseils, voire de l’aide.
Des divisions dédiées à quatre fonctions principales

L’état-major du COMCyberGend se compose de quatre divisions dédiées à quatre fonctions principales :

- la division proximité numérique, traitant les volets prévention et proximité, inclut notamment la Brigade numérique et la plateforme Perceval (infractions impliquant les cartes bancaires) ;

- la division enquêtes numériques, autrement dit les experts du C3N, appuyés par les enquêteurs des antennes du C3N et les NTECH des groupements, comprend notamment des groupes dédiés aux cryptoactifs, aux enquêtes complexes, au Darkweb, aux enquêtes en sources ouvertes, aux atteintes aux mineurs, à la pédopornographie, etc., en mesure de travailler sur des enquêtes d’initiative ou en appui des unités de terrain. Ces missions, déjà réalisées par le C3N, seront donc amplifiées, avec notamment une implication renforcée des antennes C3N. Par ailleurs, les enquêtes cyber comprenant la plupart du temps un volet économique, les Fintech, enquêteurs financiers spécialisés sur les problématiques cyber, seront renforcés au niveau central, en mesure d’appuyer, dès que de besoin, les unités de terrain ;

- la division de l’appui aux opérations numériques, c’est-à-dire les experts techniques de l’INL, à même de se projeter, de fournir une aide à la relation avec les acteurs de l’Internet, de développer des outils d’investigations, etc. ;

- et enfin, la division stratégie, prospective et partenariats.

L’état-major du COMCyberGEND sera concrètement implanté sur le Cybercampus, à la Défense, aux côtés de l’ensemble des acteurs français, étatiques comme privés, du monde du cyber (formation, recherche, etc.). Les échanges réguliers nés de cette proximité permettront à la gendarmerie de progresser dans tous les domaines, afin d’apporter une réponse globale.

Source : https://www.gendinfo.fr/actualites/2021/comcybergend-la-gendarmerie-monte-en-puissance-face-a-la-menace-cyber
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