Auteur Sujet: Arnaques amoureuses sur internet : qui sont les "brouteurs" ?  (Lu 4923 fois)

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Qui sont ces arnaqueurs qui misent sur vos sentiments et votre empathie pour tenter de vous soutirer de l'argent ?
D'où viennent-ils et comment opèrent-ils ?
Comment sont-ils perçus dans leur pays ?

Décryptage.

Ça peut partir d'un simple commentaire sous l'une de vos publications sur les réseaux sociaux, d'un message sur un site de rencontre, ou même d'un mail d'un inconnu.
Intrigué, vous répondez, sans savoir que derrière l'écran, votre interlocuteur se trouve à des milliers de kilomètres et essaye de vous escroquer.  8)

Le "broutage" apparaît dans les années 2000 avec l’essor d’internet.
Même si le phénomène est mondial, le terme de "brouteur" fait généralement référence à des cyberescrocs opérant depuis l’Afrique de l’Ouest francophone, notamment la Côte d’Ivoire.

Plusieurs types d'arnaques existent. Le but reste le même : soutirer de l'argent à sa cible.

"Les premières traces d'arnaques similaires remontent aux années 1970 au Nigéria. Elles visaient un public anglophone avec des lettres manuscrites ou des fax", explique Nahema Hanafi, historienne et auteure de "L’Arnaque à la nigériane". Mais face à une forte criminalisation, nombre d'escrocs se sont exportés vers l'Afrique francophone.

Les Ivoiriens reprennent le flambeau dans les années 2000 alors que le pays est marqué par une grande paupérisation et un chômage extrêmement important. "Le marché informel concerne alors 90% des jeunes Abidjanais, pour qui ces arnaques vont s'apparenter à des petits métiers", poursuit l'historienne.

Un moyen de s'élever socialement
Le brouteur est généralement un jeune homme, entre 13 et 25 ans qui a une bonne maîtrise écrite et orale du Français. Faisant face à une situation économique problématique, il va chercher un complément de revenu. L'objectif : s'élever socialement, mais aussi "correspondre aux normes masculines du pays, se marier et entretenir sa famille".

Pour se lancer, le brouteur en herbe se rend dans un cybercafé, n'ayant pas forcément les moyens d'avoir un ordinateur et internet à son domicile. Un cadre collectif lui permettant "d'échanger avec d'autres brouteurs et de se former", ajoute Nahema Hanafi. Il repère ses victimes sur les réseaux sociaux et cible davantage les personnes âgées.

Le broutage ne concerne pas que les escroqueries sentimentales. "Vous avez l'arnaque à l'héritage, ou l'escroc prétend être une riche femme française qui s'est enrichie en Afrique. Agonisante, elle souhaite faire don de sa fortune à une œuvre humanitaire. La cible du message doit rapidement envoyer de l'argent pour débloquer des fonds, pour payer un notaire par exemple. Dans la même dynamique, l'arnaque dite 'Made in Lagos' fait intervenir un prétendu réfugié politique qui rencontre des difficultés dans un pays", détaille Nahema Hanafi.

Héros nationaux ?
En deux décennies, les brouteurs ont participé à bâtir leur propre mythe, inspirant des comptes parodiques au ton moqueur comme la page "Méta-brouteurs" sur X (ex-Twitter). En Côte d'Ivoire, ils sont même les héros nationaux d’une série, "Brouteurs.com".
En introduction, le spectateur est informé de l’avènement de "nouveaux truands" avec l'arrivée d'internet. Une dizaine de téléphones sur une table, des liasses de billets qui pleuvent, un cocktail à la main. Voilà le quotidien de Géraud, l'un des personnages principaux.

"Les brouteurs ne se représentent pas comme des criminels. Sur les réseaux sociaux, ils reprennent les codes très libéraux du self-made-man. Ils ne se considèrent pas comme des personnes violentes, ne vont jamais poser avec des armes, mais avec un iPhone, des voitures ou des vêtements clinquants, dans des discothèques chics d'Abidjan. Il y a derrière cela une idée de revanche sociale, ils vont se présenter en tant qu'archétype de la réussite", analyse Nahema Hanafi.

Pour l'historienne, il faut lire le phénomène sous un prisme postcolonial. "Il existe une condamnation morale de ces crimes au sein de la population. Mais parallèlement, il y a une forme de fierté et même d'incompréhension de voir des personnes du Nord se faire leurrer avec leur propre technologie. Si on rappelle le contexte sociohistorique, on a longtemps répété à ces populations qu'elles étaient inférieures intellectuellement. Il existe un discours politique qui prône une sorte de match retour, de rééquilibrage de la dette coloniale, même si ça reste marginal."

Concernant l'ampleur du phénomène, il est quasiment impossible à chiffrer, d'autant plus qu'une grande partie des victimes ont trop honte pour aller déposer plainte. Fin novembre, la plateforme "Cybermalveillance" avait au total recensé 1000 cas. "La majorité des cyberattaques qui touchent massivement la France viennent plutôt des Etats-Unis et de l'Europe de l'Est", tempère de son côté Nahema Hanafi.

Hors ligne Jeano 11

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Re : Arnaques amoureuses sur internet : qui sont les "brouteurs" ?
« Réponse #1 le: 28 décembre 2023, 10:29:26 »
Arnaques amoureuses sur internet : 5 conseils pour ne pas tomber dans le piège des "brouteurs" !

Comment éviter de se faire avoir par un "brouteur" ou encore bénéficier d'aide si vous avez été victime d'un cyberescroc se cachant derrière un faux profil en ligne ?

La Dépêche vous répond.

Face à la multiplication des arnaques amoureuses en ligne, mieux vaut être prudent. Inutile néanmoins de céder à la panique. De simples précautions peuvent vous permettre d’éviter de tomber dans le piège.

N'envoyez pas d'argent
La solution la plus simple est de ne jamais envoyer d’argent à une personne avec qui vous entretenez une relation uniquement virtuelle et que vous n’avez jamais rencontré en vrai. Méfiez-vous de toute demande d’argent via une carte coupon PCS ou transcash, qui "permettent de récupérer l’argent rapidement et sont intraçables", argumente Jean-Jacques Latour, directeur expertise cybersécurité au sein de "Cybermalveillance".

Méfiez-vous d'une personne refusant de vous rencontrer
De manière générale, "toute personne qui refuse de vous rencontrer en vrai, se décommande toujours à la dernière minute ou trouve toujours des excuses" pour éviter vos rendez-vous, doit vous paraître suspecte.
 "Les brouteurs vont jusqu’à appeler les victimes par téléphone ou même en vidéo pour entretenir un contact étroit", explique Jean-Jacques Latour.

Méfiez-vous du profil trop parfait
Un profil trop aguicheur est généralement suspect. "Si un bel américain, riche homme d’affaires ou militaire essaye de rentrer en contact avec vous, prenez le temps de vérifier ce qu’il vous dit", conseille l’expert.

N'envoyez pas d'images à caractère intime
N’envoyez jamais de photos ou de vidéos intimes à un contact purement virtuel. "L’escroc vous fera chanter dès que vous refuserez de donner de l’argent", explique Jean-Jacques Latour.

Déposez plainte
Enfin, si vous êtes victime, des solutions existent.  "Il faut déjà que la victime accepte de s’être fait escroquer. Souvent les victimes ne se signalent pas", regrette-t-il. Si des prélèvements sont en cours, appelez votre banque pour les bloquer immédiatement. Cessez toute conversation avec votre arnaqueur et conservez tous les échanges et toutes les preuves d’envoi d’argent et déposez plainte.

Parlez-en autour de vous
Vous pouvez vous rapprocher de la plateforme "Cybermalveillance" pour obtenir des conseils. "Vous pouvez également contacter nos partenaires, l’association France Victimes, qui peut vous apporter un soutien psychologique", ajoute l’expert. Le 116 006 est un numéro gratuit, affilié au ministère de la justice.

Enfin, parlez-en autour de vous. "Les brouteurs vont essayer de vous isoler de vos proches, faire en sorte que cette relation soit votre petit secret. Évoquer avec eux votre relation pour avoir leur avis. Les proches des victimes se rendent souvent compte de la supercherie en premier."

Source : https://www.ladepeche.fr/2023/12/17/arnaques-amoureuses-sur-internet-5-conseils-pour-ne-pas-tomber-dans-le-piege-des-brouteurs-11642549.php

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Re : Arnaques amoureuses sur internet : qui sont les "brouteurs" ?
« Réponse #2 le: 28 décembre 2023, 10:33:56 »
Cyberarnaques des "brouteurs" : comment la Côte d’Ivoire est devenue l’épicentre des arnaques francophones sur internet.

La lutte contre les "brouteurs" et leurs arnaques aux sentiments se fait en France comme dans les pays africains.

La Côte d’Ivoire est devenue l’épicentre des arnaques francophones sur internet et notamment les arnaques aux sentiments.
Le phénomène est tel que le consulat de France à Abidjan a créé une page sur son site internet : « Arnaques : entre crédulité et cupidité ».
Sur celle-ci, les services diplomatiques français listent les différents types d’arnaques et donnent des conseils pour éviter d’être victime des « brouteurs ».

« Les escrocs créent des comptes sur des sites de rencontre et sur les réseaux sociaux en utilisant des photos d’hommes ou de femmes récupérées sur internet. Ces escrocs que l’on appelle communément « brouteurs » en Côte d’Ivoire maîtrisent bien les outils informatiques. Ils sont spécialistes de la retouche d’images et utilisent également des flux vidéos préenregistrés sur webcams. Ils peuvent entretenir des correspondances pendant des semaines et des mois, sans rien demander, pour mettre leur interlocuteur en confiance et faire naître des sentiments », indique le consulat.

4500 à 5000 plaintes par an  :-[ :'(
« Quelques semaines ou mois après le premier contact, ils inventent des motifs divers et variés pour solliciter une « aide » financière : achat d’un billet d’avion permettant de leur rendre visite, achat d’un nouvel ordinateur, de travellers chèques, aider un membre de leur famille tombé malade ou victime d’un accident, agression, perte de papiers, maladie, accident…, arrestation à l’aéroport au moment d’embarquer parce que leurs vaccinations ne sont pas à jour, parce que le douanier a retenu une marchandise, etc. »

Face à ce phénomène, les autorités locales agissent fortement, mais la tâche est immense. La plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) ivoirienne indiquait traiter en moyenne fin 2021 4 500 à 5 000 plaintes par an, selon le directeur de l’Informatique et des Traces technologiques (DITT) au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, le colonel Moussa Guelpétchin Ouattara. Le taux de résolution des cybercrimes était de 50 %. La PLCC sensibilise par ailleurs plus de 25 000 élèves et étudiants par an aux méfaits de la cybercriminalité.

Le pays a également prévu la création d’un Conseil National de la Cybersécurité et d’une Autorité Nationale de la Cybersécurité, un projet d’un coût global de 18 milliards de francs CFA sur la période 2021-2025.