Auteur Sujet: Comment les sapeurs-pompiers évaluent-ils le profil psychiatrique de leurs recru  (Lu 119 fois)

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Face au risque d'avoir des incendiaires dans leurs rangs, comment les sapeurs-pompiers évaluent-ils le profil psychiatrique de leurs recrues ?

Bien qu'aucun règlement ne l'impose explicitement aux médecins chargés d'évaluer l'aptitude des candidats, certains Services départementaux d'incendie et de secours organisent des entretiens psychologiques, voire des questionnaires, pour tenter de détecter les profils de "pompiers pyromanes".

Forêt de Fontainebleau en 2026, Indre-et-Loire en 2025, Aveyron en 2024, Landes en 2022, Rhône en 2018, Hérault entre 2011 et 2019, Corse en 2009...
A chaque nouvelle affaire de départ de feu volontaire provoqué par ceux que l'on désigne comme des "pompiers pyromanes", un même mélange de questionnements et de consternation ressurgit.
Si le réchauffement climatique demeure le principal facteur d'aggravation des incendies, et que plus de 115 000 hectares ont brûlé à partir de 13 500 foyers recensés depuis le début de l'année 2026 en France, neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine. Parmi eux, il convient de distinguer les départs involontaires des actes de malveillance délibérée, responsables, eux, d'un quart des feux(Nouvelle fenêtre).

L'accumulation de ces affaires met en lumière un phénomène qui ne concerne que quelques cas isolés parmi les 200 000 pompiers volontaires français engagés. Si l'"absence de condamnation pénale incompatible avec l'exercice des fonctions" fait loi pour intégrer le processus de recrutement, les candidats souhaitant devenir sapeurs-pompiers volontaires font-ils l'objet d'expertises psychologiques ou psychiatriques au moment de leur recrutement ?
Libre choix de recourir à des examens psychologiques

S'il existe une évaluation de l'état de santé global réalisée par un médecin du Service d'incendie et de secours agréé à l'aptitude des sapeurs-pompiers, aucun règlement ne mentionne explicitement la nécessité d'évaluer le profil psychologique ou psychiatrique des futurs sapeurs-pompiers volontaires. Jusqu'en 2025, un arrêté ministériel définissant le mode de recrutement des 97 Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) que compte la France imposait pourtant un référentiel réglementaire basé sur le système Sigycop, un acronyme regroupant plusieurs profils médicaux permettant d'évaluer l'aptitude médicale, physique et psychique du candidat, dont le "P" faisait référence au "psychisme". Mais le nouvel arrêté en vigueur depuis le mois d'avril 2025  ne mentionne plus cet examen.

S'il enjoignait aux médecins de ne pas négliger l'aspect psychique de l'examen de santé global, "ce test ne permettait en aucun cas de déceler de potentiels incendiaires ou pyromanes", affirme à franceinfo un médecin-chef habitué à faire passer le test Sigycop à des pompiers volontaires dans un Sdis du sud de la France, où les feux de forêt sont réguliers. Pour lui, aucun examen de ce type n'est réellement susceptible de déceler un futur passage à l'acte.

Certains Sdis choisissent toutefois de mettre en place, dans le processus de recrutement, un entretien avec une psychologue. Dans certains services, il vise à soulever les vulnérabilités potentielles des candidats face à ce à quoi ils seront confrontés en intervention, comme le secours d'urgence aux personnes, sans spécifiquement focaliser sur les risques liés au feu. "Il est vrai que, même si les conséquences sont absolument désastreuses, le risque reste anecdotique compte tenu du nombre de pompiers", assure à franceinfo Sabrina Gineau, psychologue au Sdis de Charente-Maritime.

Investiguer pour limiter le risque : le choix de certains recruteurs

Dans ce Sdis, le risque est toutefois pris très au sérieux, au point de faire l'objet d'investigations plus poussées dans le processus de recrutement, par le biais de deux mesures complémentaires ayant pour but de repérer deux types d'incendiaires. D'abord, un premier entretien, très protocolaire, vise à établir s'il existe des signes laissant penser que le candidat pourrait présenter des troubles psychiatriques comme la pyromanie.

L'objectif consiste alors, pour la psychologue, à chercher des signaux faibles pouvant être décelés en raison de la forte concomitance établie entre pyromanie et addictions, troubles dépressifs anxieux ou bipolaires, jeux d'argent pathologiques, par exemple. Lorsqu'ils existent, Sabrina Gineau se tourne vers le médecin-chef du Sdis, à qui il revient de prononcer une inaptitude temporaire, le temps de demander une expertise psychiatrique.

Les études soulignent toutefois à quel point cette pathologie est rare : sur un échantillon important d'incendiaires rencontrés dans le système pénal après des actes répétés d’allumage d’incendies, l'une d'elles, citée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR), a par exemple établi que seules 3,3% d'entre elles ont des symptômes répondant à tous les critères diagnostiques de pyromanie.

En effet, la pyromanie est un trouble disruptif du contrôle des impulsions et des conduites, classifiée dans le DSM-5-TR, l'ouvrage de référence international en psychiatrie. Ce trouble psychiatrique repose sur une définition précise et restrictive et doit, pour être diagnostiqué, remplir six critères cumulatifs listés par l'Association américaine de psychiatrie (PDF)(Nouvelle fenêtre). Sont exclus de cette définition les incendiaires agissant pour des motifs rationnels et personnels, qu'ils soient de nature politique, commerciale, de l'ordre de la vengeance ou encore de la dissimulation d'une activité criminelle.

"Il n'existe pas de spécificité du pompier volontaire pyromane"

La recherche de ce trouble psychiatrique ne suffit donc pas. Le Sdis de Charente-Maritime a franchi un cap il y a quatre ans, en se dotant d'un nouvel outil : un questionnaire d'une vingtaine de lignes. Développé par Theresa Gannon, chercheuse en psychologie de l'université britannique de Kent et spécialiste des questions relatives aux incendies volontaires, il vise à repérer de potentiels incendiaires parmi les candidats, au-delà des profils psychiatriques.

S'il "n'existe pas de spécificité du pompier volontaire pyromane", comme le souligne à franceinfo(Nouvelle fenêtre) Laurent Layet, psychiatre et expert judiciaire, les principaux mobiles répertoriés par la littérature scientifique sur cette catégorie soulèvent notamment le besoin d'attention, de gratification et d'héroïsme. Des candidats peuvent ainsi être tentés, pour ces motifs, de rentrer dans les rangs des pompiers pour intervenir et éteindre les feux qu'ils ont eux-mêmes allumés.

Ce test s'adressait à l'origine à l'ensemble des 200 candidats annuels du département. Désormais, n'y sont soumis que les profils dont des "événements passés difficiles à surmonter, des addictions et une tendance à l'impulsivité" ont été repérés à l'occasion du premier rendez-vous, témoigne Sabrina Gineau. Ces deux dernières années, seule une vingtaine de candidats ont été concernés. Parmi eux, trois profils ont été écartés du processus de recrutement en raison de leurs résultats.
"Apprendre à repérer des signaux faibles sur le terrain pour donner l'alerte"

"Nous avons conscience qu'il existe un biais de désirabilité sociale au sein des candidats, pouvant les encourager à modifier leurs réponses pour nous dire ce que nous avons envie d'entendre, mais il y a des signes qui ne trompent pas, affirme la psychologue. Les personnes qui ont un rapport pathologique au feu ne mesurent pas à quel point leur relation aux incendies est différente des autres pompiers. Il est aisé de distinguer ceux qui modifient trop grossièrement leurs réponses, tant les résultats s'avèrent incongrus".

Si le secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, Bruno Ménard, se montre plus que sceptique vis-à-vis de ce questionnaire – quand bien même il considère que ceux qui le mettent en place "ont le mérite d'essayer de prévenir le risque" – il reste persuadé que ça ne permettra pas d'éviter de nouveaux départs de feux dans les rangs des pompiers volontaires. "On a travaillé pendant quatre ans avec un collègue qui déclenchait des feux délibérément. On n'a rien perçu, comment voulez-vous qu'on puisse cerner ceci dans un entretien de 30minutes et par un questionnaire ?", s'interroge-t-il.

Encore marqué par cette expérience, Bruno Ménard plaide pour que tous les maillons de la chaîne de commandement, et notamment les chefs de centres qui côtoient au quotidien les sapeurs-pompiers volontaires, puissent être formés pour "apprendre à repérer des signaux faibles sur le terrain, pour être en mesure de donner l'alerte, comme c'est le cas dans les gendarmeries". Sur ce point, les deux acteurs convergent. S'il n'y "a pas de risque zéro", c'est en travaillant en ce sens que les "brebis galeuses de la pyromanie" pourront, selon eux, être mieux repérées.

Source  https://www.franceinfo.fr/faits-divers/incendie/face-au-risque-d-avoir-des-incendiaires-dans-leurs-rangs-comment-les-sapeurs-pompiers-evaluent-ils-le-profil-psychiatrique-de-leurs-recrues_8109911.html#at_medium=5&at_campaign_group=1&at_campaign=7h30&at_offre=3&at_variant=V3-meteo&at_send_date=20260810&at_recipient_id=726375-1612451705-33c95b4c&at_adid=DM1355839

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Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane ? Décryptage avec un psychiatre criminologue

Alors que le feu est stabilisé en Gironde, d'autres continuent de brûler un peu partout. Dans deux tiers des cas, on parle d'incendies volontaires criminels. Le psychiatre et criminologue Pierre Lamothe explique ce qu'il se passe dans la tête des auteurs.

Avec une météo plus favorable, jeudi 30 juillet, la Gironde voit la vigilance orange canicule levée. L'incendie géant est enfin stabilisé après 42 000 hectares ravagés, alors qu'il est fixé dans le Var. Mais ailleurs, des feux progressent encore, comme en Corse ou en Côte-d'Or.

Pour ce qui est l'origine de ces feux, 263 personnes ont été interpellées depuis le 28 juin, soupçonnées d'avoir déclenché des feux de forêt. Dans deux tiers des cas, on parle d'incendies criminels, volontaires. Qui sont les incendiaires et les pyromanes qui sèment le feu et la destruction ? Il y a peut-être une fascination, certains sont même des pompiers volontaires...

La différence entre un "incendiaire" et un "pyromane"
"L'incendiaire est tout à fait conscient de son geste et à la limite, il ne veut pas agir clandestinement. Il aimerait être reconnu, quelque part, pour que sa vengeance soit identifiée."

Pierre Lamothe, psychiatre et criminologue qui a pris en charge plus d'une vingtaine de cas de pyromanes au cours de sa carrière, explique la distinction entre un incendiaire et un pyromane. "L'incendiaire est quelqu'un qui met le feu délibérément pour atteindre quelqu'un ou quelque chose, dit-il. Il met le feu à quelque chose qu'il connaît."

"Il agit parfois en état d'ivresse et il est moins typé masculin que le pyromane, ajoute le spécialiste. Il y a quelques femmes qui ont mis le feu, comme une fois dans le 16e arrondissement [de Paris], il y a quelques années."

Le cas du pyromane, conscient ou inconscient

"Le pyromane, c'est presque l'inverse, poursuit Pierre Lamothe. Le pyromane souhaite rester inconnu, il agit sous cape et il met le feu à quelque chose qui n'a pas de signification pour lui. En principe, il ne cherche pas à blesser ou tuer."

Avec son suffixe -mane, le pyromane relève d'une addiction "comme pour un toxicomane", rappelle le spécialiste. De plus, "l'état second dans lequel ils agissent" dépasse souvent les auteurs et protège en quelque sorte leur conscience. Il faut donc effectuer un "travail de prise de conscience en psychothérapie". Face à quelqu'un qui est dans le déni complet, on tente de parler de "celui qui a fait ça", raconte le docteur, et un jour, parfois, on entend : "Ben, celui qui a fait ça, c'était moi."

"Je ne pense pas en avoir guéri beaucoup, au moins trois ou quatre, qui ont été confrontés à la réalité de leurs pulsions internes et de comment ils les avaient laissés sortir", précise le docteur, pointant la difficulté du processus pour les patients.

Le cas du pyromane, conscient ou inconscient
"Le pyromane vit cette espèce de mouvement extraordinaire du rapport bénéfice-risque qui est sensationnel, parce qu'avec une toute petite allumette, on donne lieu à un spectacle qui est maintenant magnifié aux actualités en plus."

"Le pyromane, c'est presque l'inverse, poursuit Pierre Lamothe. Le pyromane souhaite rester inconnu, il agit sous cape et il met le feu à quelque chose qui n'a pas de signification pour lui. En principe, il ne cherche pas à blesser ou tuer."

Avec son suffixe -mane, le pyromane relève d'une addiction "comme pour un toxicomane", rappelle le spécialiste. De plus, "l'état second dans lequel ils agissent" dépasse souvent les auteurs et protège en quelque sorte leur conscience. Il faut donc effectuer un "travail de prise de conscience en psychothérapie". Face à quelqu'un qui est dans le déni complet, on tente de parler de "celui qui a fait ça", raconte le docteur, et un jour, parfois, on entend : "Ben, celui qui a fait ça, c'était moi."

"Je ne pense pas en avoir guéri beaucoup, au moins trois ou quatre, qui ont été confrontés à la réalité de leurs pulsions internes et de comment ils les avaient laissés sortir", précise le docteur, pointant la difficulté du processus pour les patients.

Les pyromanes "immatures" et les "classiques"

La pyromanie n'est pas une maladie mais un symptôme de trouble de la personnalité.

"D'où d'ailleurs l'apparition d'un petit quota de personnes différentes, qui sont plus des immatures vivant l'excitation que les pyromanes classiques, qui sont réservés et peu identifiables dans la société", ajoute le médecin.

La plupart des pyromanes sont souvent "des gens qui ont été corsetés par une loi non négociable", parfois même "sadique", explique Pierre Lamothe, et cela touche les hommes à 99% à cause d'un problème "d'affirmation" qui concerne principalement les garçons.
"Ceux qui font semblant de ne pas faire exprès"

Si le feu produit évidemment une véritable fascination sur les pyromanes, il se caractérise aussi par une facilité de mise en œuvre. Pierre Lamothe parle même de "conduites ordaliques perverses" chez certains sujets, c'est-à-dire de ceux "qui font semblant de ne pas faire exprès". Ils laissent tomber des mégots, pensant se dédouaner d'une absence de désir de nuire. "C'est une perversion très courante, assure le spécialiste, et il faut souligner les extraordinaires progrès de la police scientifique qui fait qu'on en arrête", ce qui n'était pas le cas auparavant.

Dans le cas particulier du pompier pyromane, "la conscience et la culpabilité sont aussi atténuées par le fait que, dans un sentiment de toute-puissance, il intervient également pour éteindre le feu".

"Je pense que ça serait bien qu'on arrive à faire suffisamment peur et que les gens prennent suffisamment conscience de la destructivité qu'ils ont entraînée", conclut le médecin.

Ceci étant, la pyromanie reste très rare, y compris parmi les personnes récemment condamnées pour des allumages d'incendies. D'autres troubles ont été détectés chez ces personnes, comme l'alcoolisme, la toxicomanie, la schizophrénie ou encore l'autisme, ainsi que de nombreuses situations de fragilité psychologique chez des adolescents.

Source  https://www.franceinfo.fr/faits-divers/incendie/que-se-passe-t-il-dans-la-tete-d-un-pyromane-decryptage-avec-un-psychiatre-criminologue_8128328.html