Auteur Sujet: La cellule de recherche des causes et circonstances des incendies....  (Lu 585 fois)

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Hors ligne Jeano 11

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..... pas de feu sans fumée !

Le 16 août 2021, alors que le sud-est avait été plutôt préservé sur le plan des incendies durant la saison, les flammes ont fait rage dans le Var. Le feu a débuté assez tôt à Gonfaron, tout près de l’aire de repos « Les Sigues », sur l’autoroute A8. Malgré l’engagement de 2 200 pompiers, dont 70 seront blessés, l’incendie a ravagé près de 7 000 hectares de forêt et entraîné la mort de deux habitants du secteur. Face à ces conséquences dramatiques, et comme pour 10 % des feux observés dans la région, la cellule d’investigation spécialisée dans la Recherche des causes et circonstances des incendies (RCCI) s’est rendue sur place pour mener l’enquête.

Une cellule pluridisciplinaire

Mais qu’est-ce que la RCCI ? « Au départ, cela provient des pays anglo-saxons, régulièrement confrontés à des feux urbains, et cherchant à en déterminer les causes. Les Catalans l'ont développée à leur niveau pour les feux de forêt. Sur ces modèles, la Délégation à la protection de la forêt méditerranéenne a souhaité créer une cellule de coopération interministérielle, afin d’enquêter sur l’origine des feux s'étant déclarés au sein des espaces naturels. Des formations ont été mises en place au niveau zonal, entre 2003 et 2005, permettant ainsi aux différents acteurs de se former mutuellement », relate le lieutenant Sautron, du SDIS 83.

La cellule RCCI du Var est en effet composée d’environ 25 personnels, dont des pompiers, des agents de l'Office national des forêts (ONF) et des gendarmes issus de la Cellule d’identification criminelle (CIC) du groupement.

Cette approche pluridisciplinaire constitue la richesse de l’entité. « Puisque la gendarmerie a besoin de préserver les lieux pour rechercher les traces et indices, les pompiers et les agents de l'ONF ont, par exemple, été formés au balisage de la zone. Les pompiers peuvent faire déplacer les équipes et leurs camions, éviter d’asperger certains endroits ou retarder le déblaiement, afin de ne pas polluer la zone », explique l’adjudant-chef Christophe, technicien au sein de la CIC 83.

De la même manière, les gendarmes s’appuient sur les connaissances de leurs partenaires pour étudier la scène. « Davantage habitués à observer les flammes vives que les cendres, les pompiers ont une vraie lecture du feu, ils savent nous dire comment il s’étend. Ils peuvent également s’appuyer sur leur plate-forme collaborative Remocra pour nous fournir un maximum de données sur la zone touchée et les risques encourus. De leur côté, les agents de l'ONF connaissent bien la topographie locale et les réactions de la flore, notamment en fonction de l’essence des arbres incendiés. »
Scruter la nature

Ces différents corps professionnels sont également habitués à observer et à analyser les conditions météorologiques. Et ce lundi 16 août, à Gonfaron, toutes les conditions étaient malheureusement réunies pour que la moindre étincelle embrase cette zone boisée. « C’était la canicule au cours des jours qui avaient précédé, avec des températures montant jusqu’à 40 degrés. Le jour même, il faisait 38 degrés, le taux d’hydrométrie était au plus bas, à peine 20 %, et le vent se levait avec des rafales à 70 km/h », se souvient le capitaine Petit, cadre de l'ONF. Le feu est ainsi parti très vite !

Le lieutenant Sautron est arrivé le jour même, en tant que chef de groupe dans un premier temps, pour lutter contre les flammes. Il a été rejoint dès le lendemain matin par ses homologues de la cellule. Après avoir échangé au poste de crise avec les premiers témoins, récupéré leurs coordonnées et des photos qu'ils avaient prises, tous ont rapidement pu étudier la zone de départ présumée.

La cellule travaille de façon méthodique. « Avant tout, on essaye de se faire sa propre idée en observant la scène chacun à notre tour. Ensuite, on échange nos avis et en cas de désaccord sur le point de départ, on approfondit nos recherches pour s’assurer que ce ne soit pas à un autre endroit ou qu’il n’y ait pas plusieurs départs. C’est un travail complexe, car l’incendie peut se propager de multiples façons, avec des sautes de feu par exemple », explique le capitaine Giraud, du SDIS 83.

Il s’agit donc d’observer avec une grande minutie. « Contrairement à certaines idées reçues, le feu a tendance à monter progressivement en température, donc bien souvent la zone la plus carbonisée n’est pas le point de départ, et pour certains indices physiques, la partie qui fait face aux flammes n’est pas dégradée par le feu, comme pour des troncs d’arbres. On regarde avant tout en hauteur, à la cime des arbres, puis au niveau des massifs, avant de finir à quatre pattes à scruter le sol », décrit l’adjudant-chef Christophe. Ils peuvent ainsi relever des odeurs ou des traces d’accélérateur d’incendie, mais aussi prélever des bouteilles ou des mégots abandonnés.
Rechercher la cause et prévenir les risques

À l’issue de leur analyse, les différents acteurs de la cellule fournissent des pièces (météo, cartographie, historique des feux dans la zone, analyse des prélèvements, etc.), permettant d’établir un rapport qui sera versé à la procédure. Venant s’ajouter aux investigations menées par les unités de recherches (auditions des témoins, réquisitions, etc.), il peut aussi bien incriminer une personne (notamment lorsque plusieurs mécanismes d’allumage mis en place à distance ont été constatés) que l’innocenter. « Je me souviens d’un cas où un homme avait été vu en train de jeter son mégot dans la zone et où nous avions pu démontrer que l’incendie avait été causé en réalité par la chute d’un câble électrique », relate l’adjudant-chef Christophe.

Pour autant, cela ne doit pas laisser penser aux personnes peu respectueuses de l’environnement qu’elles peuvent continuer de commettre des incivilités. Au-delà de l’enquête, les différentes causes de départ de feu constatées par la cellule RCCI permettent aussi d’agir sur le volet préventif : des patrouilles (gendarmes, pompiers, gardes forestiers) sont prépositionnées dans les zones les plus touchées, le public est sensibilisé quant à certains comportements inconscients (barbecues, mégots, déchets brûlés, etc.), de même que les élus, qui peuvent faire évoluer la réglementation et exiger, par exemple, le débroussaillage de terrains, pour sécuriser les habitations.

« Les patrouilles et les différentes actions de communication menées en la matière par nos corps professionnels respectifs ont déjà permis de faire diminuer le nombre de feux dans la région, mais nous remarquons encore des comportements à bannir, comme le jet de mégots dans la nature », regrette l’adjudant-chef Christophe. Espérons que la cellule n’ait jamais à revivre une année comme celle de 2017, où le record de 150 interventions et une dizaine d’incendiaires interpellés avait été enregistré

Source : https://www.gendinfo.fr/sur-le-terrain/immersion/2021/la-cellule-de-recherche-des-causes-et-circonstances-des-incendies-pas-de-feu-sans-fumee

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Qu’est-ce qu’un incendie de forêt ?

On parle d'incendie de forêt lorsque le feu couvre une surface minimale de 0,5 hectare d'un seul tenant et qu'une partie au moins des étages arbustifs et/ou arborés est détruite. Le terme incendie vaut aussi pour les formations subforestières de plus petites tailles que sont le maquis, la garrigue et les landes. En France, 80% des feux de forêts en moyenne surviennent dans le bassin méditerranéen et le massif landais. Les feux de forêt peuvent avoir une origine naturelle ou humaine. Dans le cas de la responsabilité humaine, la cause peut être intentionnelle, involontaire ou liée aux infrastructures.
Protéger la forêt : le rôle de la Défense des forêts contre l’incendie (DFCI)

La lutte contre les incendies de forêt commence très en amont des départs de feux par une politique volontariste de prévention du risque. Ainsi, les services du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation contribuent financièrement à :

    entretenir et développer les équipements de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) des massifs forestiers (en particulier points d’eau, tours de guet, coupures de combustible, pistes de DFCI),
    participer au diagnostic du danger de feu lié à l'état de dessèchement du couvert végétal,
    assurer des patrouilles de surveillance et de première intervention, grâce notamment à la mobilisation de près d'un millier de forestiers spécialisés des services déconcentrés de l'Etat (DDT(M), de l’Office national des forêts (ONF) et en partenariat avec les forestiers sapeurs de certains conseils départementaux),
    veiller, en lien avec les maires, au respect des mesures de débroussaillement obligatoire autour des habitations et en bordure de certaines infrastructures.

En outre, la constitution d’équipes pluridisciplinaires de recherche des causes de feu associant pour chaque département méditerranéen un sapeur-pompier (SDIS), un forestier (ONF), et un officier de police judiciaire (services de police et de gendarmerie) permet de consolider les actions de réduction des mises à feux d'origine anthropique. Grâce à cette pratique, le nombre d’incendies de forêt a pu être réduit de plus 20% depuis 2003 dans la zone méditerranéenne.

Dans le Massif des Landes de Gascogne (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Dordogne) les propriétaires forestiers se sont organisés pour la DFCI et participent directement à son financement, par une taxe à l’hectare, versée aux associations syndicales autorisées (ASA) de DFCI. Ces structures sont financées, gérées et animées par les propriétaires forestiers eux-mêmes.

Au total, 218 ASA, regroupant 55 000 propriétaires forestiers, quadrillent les 1,25 million d’hectares du massif forestier landais.

Chaque ASA contribue à aménager et à gérer des équipements suivant un carroyage systématique avec des pistes (44 500 km) et leurs fossés (17 000 km), des points d’eau (9 500), des passages à gué, des petits ponts et passages busés (55 000)… L’ensemble est cartographié ou géo-localisé ce qui permet aux pompiers d’intervenir rapidement en tout point : la prévention est la base de l’efficacité des moyens de lutte.
Entretien des pistes, des points d'eau et des balisages tout au long de l'année

Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation confie à l’Office National des Forêts (ONF) une mission d’intérêt général (MIG) de DFCI. Toute l'année, le service de DFCI de l’ONF, cherche à limiter les risques d'incendie. En effet, dans toutes ses actions de gestion durable des forêts publiques, l'ONF intègre la protection des forêts contre les risques incendie. Cet enjeu passe par des mesures spécifiques de sylviculture et d'équipement intégrés aux documents d'aménagement forestier et par la réalisation de travaux de protection des forêts exposées à ce risque.

Le service ONF de la DFCI est actif en permanence pour prévenir et lutter contre les risques d'incendie. Des équipes d'ouvriers sont chargées, toute l'année, de l'entretien des pistes, des points d'eau et des balisages. En période de risques, des patrouilles de surveillance doivent détecter les départs d'incendie, donner l'alerte, faire les premières interventions sur feux naissants et orienter les secours. Ils ont aussi un rôle d'information et de sensibilisation auprès du public. En situation de crise, lors des feux de forêt, l'ONF est présent sur les lieux et apporte son concours au commandant des opérations de secours (COS). Après incendie, elle apporte son expertise : appui juridique aux services de l'Etat, travaux d'urgence pour limiter les risques, expertise et études de reconstitutions écologiques et participation aux retours d'expérience.

Sur le pourtour méditerranéen, la délégation à la protection de la forêt méditerranéenne (DPFM) assure notamment un rôle de coordination des actions de prévention pour les 15 départements de la zone de défense sud. Enfin, certains conseils départementaux ont mis en place des équipes de forestiers sapeurs pour mener des actions de prévention et d’intervention sur feux naissants.
Débroussailler protège les biens et les personnes

La majorité des départs de feux est d’origine anthropique et ils démarrent le plus souvent le long de voies de communication ou depuis des constructions. En diminuant la biomasse combustible à proximité des habitations et des voiries dans les zones particulièrement exposées au risque incendie, l’intensité du feu est moindre, ce qui facilite l’intervention des services de secours.

Ainsi, les obligations légales de débroussaillement (OLD) en protégeant la forêt, protègent aussi les biens et les personnes. Ces obligations de débroussaillement contribuent activement à la politique de prévention des incendies en favorisant la politique d’extinction des feux naissants. Le respect des obligations légales de débroussaillement revêt un caractère prioritaire.
Le rôle des propriétaires forestiers pour limiter la propagation des incendies

En forêt privée, certaines coopératives forestières travaillent avec les services de DFCI pour créer des pistes forestières, qui servent mutuellement à la lutte incendie et à la gestion des forêts. De plus, les propriétaires forestiers participent à la lutte contre l’incendie de forêt tout en valorisant leur propriété. Comme le rappelle le récent Programme national de la forêt et du bois : « Le développement d’une gestion préventive répondra simultanément à la gestion du risque incendie et à la mobilisation de plus de bois ». En gérant activement leur forêt à travers un document de gestion, ces propriétaires récoltent et valorisent le bois pour la production d’énergie, mettent en valeur les bois d’œuvre de leur forêt, et opèrent en même temps le dégagement du sous bois, diminuant ainsi considérablement le risque de propagation des incendies.

Consulter le dossier de l'INRAE : Incendies de forêt : la recherche sous le feu de l’action !
Halte au feu ! Du bon sens et des bons gestes

Si la défense des forêts contre les incendies protège les forêts et limite les risques d'incendie, la prudence et le comportement citoyen responsable de chacun reste la clef de la préservation de notre patrimoine forestier.

Ainsi, en forêt :

    Ne pas allumer de feu ou de barbecue,
    Ne pas jeter de cigarettes,
    Laisser les routes forestières accessibles pour les secours,
    Camper uniquement dans les lieux autorisés,
    Respecter les interdictions d'accès en période à haut risque.

Dans une situation d'incendie, certains gestes peuvent sauver la vie. Le plus important est de garder son calme. Il convient de :

     Prévenir les pompiers en appelant le 18 ou le 112 qui passe quelque soit le réseau.
     S’éloigner dans le sens contraire du déplacement du feu,
     Respirer à travers un linge humide pour limiter les effets néfastes des fumées toxiques.

Source : https://agriculture.gouv.fr/prevenir-et-lutter-contre-les-incendies-de-foret