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Gendarmerie Nationale / Re : Les chiens dans la gendarmerie, une histoire méconnue
« Dernier message par Jeano 11 le 10 août 2025, 17:06:11 »Des équipes cynophiles " piste froide " nouvellement formées.
La piste froide est la capacité pour un chien de suivre la trace d’un individu plusieurs jours après son passage, malgré la météo, le relief ou les perturbations olfactives. Une technicité rare, mise en œuvre sur des disparitions inquiétantes ou des recherches judiciaires sensibles.
Depuis quelques mois, quatre nouvelles équipes cynophiles spécialisées en piste froide sont opérationnelles au sein de la Gendarmerie nationale. Certaines ont déjà permis de retrouver des personnes disparues grâce à leur flair hors du commun.
En 2023, des chiens – trois Saint-Hubert et un black and tan coonhound – ont été sélectionnés et pris en charge dès le plus jeune âge. Ils ont suivi une formation progressive, débutée au Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) de Gramat, avec de nombreux modules jusqu’en 2024. Ils ont ensuite été confrontés au terrain via des stages spécifiques réalisés à Caen, Biscarrosse, Thonon-les-Bains, Melun et Besançon. Ils ont enfin réalisé un stage final en altitude à Pra-Loup, dans la vallée de l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence).
Les 4 équipes sont désormais affectées à :
Melun (77) – avec "Urus"
Digne-les-Bains (04) – avec "Unai"
Ambérieu-en-Bugey (01) – avec "Ubby"
Gramat au sein du CNICG (46) – avec "Uno"
Ces binômes viennent renforcer un dispositif national. Leur efficacité est déjà démontrée, avec des résultats positifs sur le terrain.
Le black and tan coonhound : un nouveau chien fait son entrée en gendarmerie
La validation opérationnelle d’une nouvelle équipe cynophile dans la technicité « piste froide », le 8 janvier 2025, par le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG), marque l’entrée officielle d’une nouvelle race de chien au sein de l’Institution : le black and tan coonhound. Dérivée du Saint-Hubert, cette race constitue une ressource alternative, employable à l’appui des opérations de recherche de personnes disparues depuis plusieurs jours.
Au cœur du Parc naturel régional des Causses du Quercy, la commune de Gramat (Lot) héberge le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG). Ici sont formées toutes les équipes cynophiles de la Gendarmerie nationale. Dans les allées de ce vaste domaine qui s’étend sur 14 hectares, un chien se démarque de ses congénères. Uno, premier black and tan coonhound à avoir rejoint la gendarmerie, fait en effet figure d’exception. Prénommé ainsi en référence à l’élevage du nord de l’Italie (Frioul) dont il est issu, ainsi qu’au caractère novateur du projet, le jeune canidé arbore un magnifique pelage noir et feu, signe caractéristique de la race. Arrivé en France en juillet 2023, à l’âge de quinze semaines, Uno fait équipe avec Christopher A., dresseur-instructeur au CNICG, et instigateur de ce projet expérimental. Le 8 janvier dernier, le binôme a obtenu la validation opérationnelle dans la technicité « piste froide », fruit d’un travail obstiné et d’un engagement total.
Sur les traces du Saint-Hubert…
Créée en 2005, la technicité « piste froide » relevait jusqu’alors de la compétence exclusive du Saint-Hubert. Doté de facultés olfactives exceptionnelles, ce « chien de sang » constitue un auxiliaire hors pair, employé à l’appui des recherches de personnes disparues depuis plusieurs jours. « Contrairement aux bergers belges malinois, qui constituent la quasi-totalité du cheptel de la gendarmerie, le Saint-Hubert est aussi performant en milieu urbain que rural. Il est ainsi capable d’isoler la signature olfactive de la piste recherchée, quels que soient le terrain et l’environnement sur lesquels il est engagé, observe le chef d'escadron (CEN) Damien Courton, chef du département formation – opérations au sein du CNICG. Efficace jusqu’à cinq jours après la disparition, voire davantage, le Saint-Hubert délivre une puissance impressionnante lorsqu’il travaille. »
La Gendarmerie nationale compte actuellement une quinzaine d’équipes cynophiles formées d’un Saint-Hubert. « C’est une ressource rare et précieuse, nécessitant la mise en œuvre d’une formation très spécifique », poursuit le CEN Courton.
La race est en effet peu développée en France. « Cette rareté implique une acquisition précoce des chiens. C’est pourquoi nous recrutons exclusivement des chiots. Or, il est impossible à cet âge de savoir si l’animal sera par la suite doté des qualités requises pour exercer en gendarmerie, aussi bien du point de vue olfactif que de sa santé », souligne le CEN Courton. À cette difficulté s’ajoute une contrainte supplémentaire. Le Saint-Hubert est un chien de meute, et doit en tant que tel vivre au sein de la cellule familiale de son maître, condition essentielle à son équilibre.
Chaque Saint-Hubert qui intègre le CNICG suit une formation de dix-sept semaines, échelonnées sur deux ans. Celle-ci débute par un stage de trois semaines, intitulé « déclenchement olfactif ». C’est une étape cruciale, lors de laquelle sont présentées au chien un maximum d’odeurs, afin de le préparer aux multiples situations opérationnelles auxquelles il sera confronté au cours de sa carrière.
Si le Saint-Hubert présente des aptitudes remarquables, s’exprimant également sur les terrains les plus complexes, il est néanmoins sujet à divers problèmes de santé. « Sa grande taille l’expose au syndrome de dilatation-torsion de l'estomac. Il présente aussi une prédisposition aux maladies articulaires (dysplasie de la hanche et du coude en particulier), explique le CEN Courton. Ces dernières années, plusieurs Saint-Hubert ont ainsi été réformés précocement, en raison de pathologies. » Enfin, son espérance de vie est inférieure à celle du berger belge malinois. Au regard de ces fragilités et des difficultés de recrutement des Saint-Hubert, les équipes du CNICG se sont engagées dans une démarche de diversification canine. Objectif : atteindre l’effectif cible de formation à la technicité « piste froide ».
« C’est ainsi que nous nous sommes tournés vers le black and tan coonhound, un chien capable de performances similaires. Bien que présentant un morphotype visuellement proche de celui du Saint-Hubert, son cousin, ce chien se différencie par une robe plus sombre et un poids inférieur d’une vingtaine de kilos. Soit une trentaine de kilos en moyenne pour le black and tan coonhound, contre une cinquantaine pour le Saint-Hubert », rapporte le CEN Courton.
Bien que prometteuse, cette nouvelle race n’a pas vocation à se substituer au Saint-Hubert, qui conservera la primauté. Le black and tan coonhound constitue ainsi une ressource supplémentaire, destinée à pallier les difficultés de recrutement de son cousin. Ce projet totalement inédit est alors confié à Christopher A. Ce dernier se lance dans l’aventure, prêt à relever le défi.
Pari gagné
Ancien maître de chien au sein de la Marine nationale, Christopher A. rejoint le CNICG en 2019 en tant que personnel civil. « D’abord positionné sur les technicités piste-défense et recherche d’explosifs, j’ai ensuite eu l’envie et la chance d’élargir mon spectre de compétences », confie-t-il. Recherche de produits accélérateurs d’incendie, puis recherche de Stupéfiants, armes, munitions et billets de banque (SAMBI), l’instructeur-dresseur ajoute plusieurs cordes à son arc.
C’est sous son impulsion que le CNICG acquiert Uno, un jeune chiot black and tan coonhound. Issu d’un élevage italien sélectionné par Christopher, l’animal est âgé de quinze semaines lorsqu’il arrive en France, à l’été 2023. C’est alors que débute son apprentissage, suivant le même programme que celui des Saint-Hubert, sous la conduite de Christopher, qui devient officiellement son maître. Au regard de la doctrine de la Gendarmerie nationale, un chien ne peut avoir qu’un seul maître. Christopher et Uno sont désormais indissociables, alors que débute l’éducation du chiot. « Un important travail a été entrepris dès le départ afin qu’Uno apprenne à se familiariser avec l’homme », précise Christopher. Outre l’instinct de chasse, l’amour de l’homme est l’une des qualités que doit posséder un chien de piste.
Traditionnellement développé pour chasser le raton laveur, le black and tan coonhound est originaire des États-Unis. Son flair très puissant fait de lui un excellent chien de piste, au même titre que le Saint-Hubert. Encore peu connu en France, le black and tan coonhound est doté d’un tempérament sociable et équilibré. Mais c’est aussi un chien très têtu. « Le black and tan coonhound a besoin d’être cadré. L’autorité est un paramètre essentiel de la formation, souligne Christopher. L’apprentissage passe également par la régularité, la répétition et le conditionnement. L’animal doit ainsi associer le harnais et la longe au travail de recherche. Mais c’est aussi, et avant tout, un travail d’équipe. »
Autre acteur essentiel, le suppléant maître de chien tient le rôle fondamental du traceur. Il réalise ainsi la piste et représente la cible que le chien doit débusquer. C’est lui, enfin, qui récompense l’animal une fois la mission accomplie.
La piste est une technicité difficile et exigeante. Les missions opérationnelles peuvent conduire l’équipe sur tous types de terrain (plaine, montagne, littoral…). L’animal est donc entraîné en ce sens tout au long de la formation, afin de développer des facultés d’adaptation qui lui permettront d’être projeté sur n’importe quel site. « Il y a eu des hauts et des bas, reconnaît Christopher. L’acquisition s’est faite par paliers. La cynotechnie implique humilité et remise en question permanente. Rien n’est jamais acquis ! »
À force de travail, de rigueur et de persévérance, le binôme a obtenu ,le 8 janvier dernier, sa validation opérationnelle, et ce, dès le premier coup ! Une grande satisfaction pour l’ensemble de l’équipe. « Ce challenge représente une belle opportunité. Le développement de nouvelles races nous permet d’enrichir et d’améliorer nos connaissances, estime Christopher. J’ai ici pour objectif d’adapter la formation aux besoins et au rythme du black and tan coonhound, car le processus d’apprentissage est différent de celui du Saint-Hubert. »
Si Uno a démontré d’excellentes aptitudes au pistage et exprimé des facultés de réflexion supérieures à celles du Saint-Hubert, l’expérimentation se poursuit. « D’autres black and tan coonhound devraient prochainement rejoindre la gendarmerie, indique le CEN Courton. Nous pourrons alors établir des comparaisons entre les différents sujets et ainsi tirer des conclusions. »
Du point de vue sanitaire, une robustesse supérieure à celle du Saint-Hubert est espérée, grâce à des proportions nettement inférieures. « Moins de problèmes de santé, c’est aussi une meilleure capacité de vie opérationnelle. Mais ça, nous le saurons dans les prochaines années ! » Uno, qui pèse aujourd’hui trente kilos, a quasiment atteint son poids maximal. « Il va s’étoffer au niveau du poitrail, mais ne grandira plus. Il devrait ainsi prendre encore trois ou quatre kilos au maximum », précise son maître.
À l’occasion du 80e anniversaire du Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie, célébré le 5 juin 2025, à Gramat, Uno réalisera une démonstration en présence de nombreux invités. Moment symbolique d’une belle aventure, ayant ouvert des perspectives aussi passionnantes que prometteuses.
Un second chiot de la même portée qu’Uno a été offert par l’éleveur à la Gendarmerie nationale, en signe de reconnaissance. Nommé Udine, en référence à la ville où est implanté l’élevage, l’animal a été attribué au Groupe d'investigation cynophile (GIC) de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, en Loire-Atlantique (44). Il officie aux côtés de son maître, l’adjudant-chef Guillaume, dans la technicité « piste chaude » (recherche de personnes disparues depuis moins de 48 heures). Le binôme a été validé le 25 mars 2025.
La piste froide est la capacité pour un chien de suivre la trace d’un individu plusieurs jours après son passage, malgré la météo, le relief ou les perturbations olfactives. Une technicité rare, mise en œuvre sur des disparitions inquiétantes ou des recherches judiciaires sensibles.
Depuis quelques mois, quatre nouvelles équipes cynophiles spécialisées en piste froide sont opérationnelles au sein de la Gendarmerie nationale. Certaines ont déjà permis de retrouver des personnes disparues grâce à leur flair hors du commun.
En 2023, des chiens – trois Saint-Hubert et un black and tan coonhound – ont été sélectionnés et pris en charge dès le plus jeune âge. Ils ont suivi une formation progressive, débutée au Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) de Gramat, avec de nombreux modules jusqu’en 2024. Ils ont ensuite été confrontés au terrain via des stages spécifiques réalisés à Caen, Biscarrosse, Thonon-les-Bains, Melun et Besançon. Ils ont enfin réalisé un stage final en altitude à Pra-Loup, dans la vallée de l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence).
Les 4 équipes sont désormais affectées à :
Melun (77) – avec "Urus"
Digne-les-Bains (04) – avec "Unai"
Ambérieu-en-Bugey (01) – avec "Ubby"
Gramat au sein du CNICG (46) – avec "Uno"
Ces binômes viennent renforcer un dispositif national. Leur efficacité est déjà démontrée, avec des résultats positifs sur le terrain.
Le black and tan coonhound : un nouveau chien fait son entrée en gendarmerie
La validation opérationnelle d’une nouvelle équipe cynophile dans la technicité « piste froide », le 8 janvier 2025, par le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG), marque l’entrée officielle d’une nouvelle race de chien au sein de l’Institution : le black and tan coonhound. Dérivée du Saint-Hubert, cette race constitue une ressource alternative, employable à l’appui des opérations de recherche de personnes disparues depuis plusieurs jours.
Au cœur du Parc naturel régional des Causses du Quercy, la commune de Gramat (Lot) héberge le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG). Ici sont formées toutes les équipes cynophiles de la Gendarmerie nationale. Dans les allées de ce vaste domaine qui s’étend sur 14 hectares, un chien se démarque de ses congénères. Uno, premier black and tan coonhound à avoir rejoint la gendarmerie, fait en effet figure d’exception. Prénommé ainsi en référence à l’élevage du nord de l’Italie (Frioul) dont il est issu, ainsi qu’au caractère novateur du projet, le jeune canidé arbore un magnifique pelage noir et feu, signe caractéristique de la race. Arrivé en France en juillet 2023, à l’âge de quinze semaines, Uno fait équipe avec Christopher A., dresseur-instructeur au CNICG, et instigateur de ce projet expérimental. Le 8 janvier dernier, le binôme a obtenu la validation opérationnelle dans la technicité « piste froide », fruit d’un travail obstiné et d’un engagement total.
Sur les traces du Saint-Hubert…
Créée en 2005, la technicité « piste froide » relevait jusqu’alors de la compétence exclusive du Saint-Hubert. Doté de facultés olfactives exceptionnelles, ce « chien de sang » constitue un auxiliaire hors pair, employé à l’appui des recherches de personnes disparues depuis plusieurs jours. « Contrairement aux bergers belges malinois, qui constituent la quasi-totalité du cheptel de la gendarmerie, le Saint-Hubert est aussi performant en milieu urbain que rural. Il est ainsi capable d’isoler la signature olfactive de la piste recherchée, quels que soient le terrain et l’environnement sur lesquels il est engagé, observe le chef d'escadron (CEN) Damien Courton, chef du département formation – opérations au sein du CNICG. Efficace jusqu’à cinq jours après la disparition, voire davantage, le Saint-Hubert délivre une puissance impressionnante lorsqu’il travaille. »
La Gendarmerie nationale compte actuellement une quinzaine d’équipes cynophiles formées d’un Saint-Hubert. « C’est une ressource rare et précieuse, nécessitant la mise en œuvre d’une formation très spécifique », poursuit le CEN Courton.
La race est en effet peu développée en France. « Cette rareté implique une acquisition précoce des chiens. C’est pourquoi nous recrutons exclusivement des chiots. Or, il est impossible à cet âge de savoir si l’animal sera par la suite doté des qualités requises pour exercer en gendarmerie, aussi bien du point de vue olfactif que de sa santé », souligne le CEN Courton. À cette difficulté s’ajoute une contrainte supplémentaire. Le Saint-Hubert est un chien de meute, et doit en tant que tel vivre au sein de la cellule familiale de son maître, condition essentielle à son équilibre.
Chaque Saint-Hubert qui intègre le CNICG suit une formation de dix-sept semaines, échelonnées sur deux ans. Celle-ci débute par un stage de trois semaines, intitulé « déclenchement olfactif ». C’est une étape cruciale, lors de laquelle sont présentées au chien un maximum d’odeurs, afin de le préparer aux multiples situations opérationnelles auxquelles il sera confronté au cours de sa carrière.
Si le Saint-Hubert présente des aptitudes remarquables, s’exprimant également sur les terrains les plus complexes, il est néanmoins sujet à divers problèmes de santé. « Sa grande taille l’expose au syndrome de dilatation-torsion de l'estomac. Il présente aussi une prédisposition aux maladies articulaires (dysplasie de la hanche et du coude en particulier), explique le CEN Courton. Ces dernières années, plusieurs Saint-Hubert ont ainsi été réformés précocement, en raison de pathologies. » Enfin, son espérance de vie est inférieure à celle du berger belge malinois. Au regard de ces fragilités et des difficultés de recrutement des Saint-Hubert, les équipes du CNICG se sont engagées dans une démarche de diversification canine. Objectif : atteindre l’effectif cible de formation à la technicité « piste froide ».
« C’est ainsi que nous nous sommes tournés vers le black and tan coonhound, un chien capable de performances similaires. Bien que présentant un morphotype visuellement proche de celui du Saint-Hubert, son cousin, ce chien se différencie par une robe plus sombre et un poids inférieur d’une vingtaine de kilos. Soit une trentaine de kilos en moyenne pour le black and tan coonhound, contre une cinquantaine pour le Saint-Hubert », rapporte le CEN Courton.
Bien que prometteuse, cette nouvelle race n’a pas vocation à se substituer au Saint-Hubert, qui conservera la primauté. Le black and tan coonhound constitue ainsi une ressource supplémentaire, destinée à pallier les difficultés de recrutement de son cousin. Ce projet totalement inédit est alors confié à Christopher A. Ce dernier se lance dans l’aventure, prêt à relever le défi.
Pari gagné
Ancien maître de chien au sein de la Marine nationale, Christopher A. rejoint le CNICG en 2019 en tant que personnel civil. « D’abord positionné sur les technicités piste-défense et recherche d’explosifs, j’ai ensuite eu l’envie et la chance d’élargir mon spectre de compétences », confie-t-il. Recherche de produits accélérateurs d’incendie, puis recherche de Stupéfiants, armes, munitions et billets de banque (SAMBI), l’instructeur-dresseur ajoute plusieurs cordes à son arc.
C’est sous son impulsion que le CNICG acquiert Uno, un jeune chiot black and tan coonhound. Issu d’un élevage italien sélectionné par Christopher, l’animal est âgé de quinze semaines lorsqu’il arrive en France, à l’été 2023. C’est alors que débute son apprentissage, suivant le même programme que celui des Saint-Hubert, sous la conduite de Christopher, qui devient officiellement son maître. Au regard de la doctrine de la Gendarmerie nationale, un chien ne peut avoir qu’un seul maître. Christopher et Uno sont désormais indissociables, alors que débute l’éducation du chiot. « Un important travail a été entrepris dès le départ afin qu’Uno apprenne à se familiariser avec l’homme », précise Christopher. Outre l’instinct de chasse, l’amour de l’homme est l’une des qualités que doit posséder un chien de piste.
Traditionnellement développé pour chasser le raton laveur, le black and tan coonhound est originaire des États-Unis. Son flair très puissant fait de lui un excellent chien de piste, au même titre que le Saint-Hubert. Encore peu connu en France, le black and tan coonhound est doté d’un tempérament sociable et équilibré. Mais c’est aussi un chien très têtu. « Le black and tan coonhound a besoin d’être cadré. L’autorité est un paramètre essentiel de la formation, souligne Christopher. L’apprentissage passe également par la régularité, la répétition et le conditionnement. L’animal doit ainsi associer le harnais et la longe au travail de recherche. Mais c’est aussi, et avant tout, un travail d’équipe. »
Autre acteur essentiel, le suppléant maître de chien tient le rôle fondamental du traceur. Il réalise ainsi la piste et représente la cible que le chien doit débusquer. C’est lui, enfin, qui récompense l’animal une fois la mission accomplie.
La piste est une technicité difficile et exigeante. Les missions opérationnelles peuvent conduire l’équipe sur tous types de terrain (plaine, montagne, littoral…). L’animal est donc entraîné en ce sens tout au long de la formation, afin de développer des facultés d’adaptation qui lui permettront d’être projeté sur n’importe quel site. « Il y a eu des hauts et des bas, reconnaît Christopher. L’acquisition s’est faite par paliers. La cynotechnie implique humilité et remise en question permanente. Rien n’est jamais acquis ! »
À force de travail, de rigueur et de persévérance, le binôme a obtenu ,le 8 janvier dernier, sa validation opérationnelle, et ce, dès le premier coup ! Une grande satisfaction pour l’ensemble de l’équipe. « Ce challenge représente une belle opportunité. Le développement de nouvelles races nous permet d’enrichir et d’améliorer nos connaissances, estime Christopher. J’ai ici pour objectif d’adapter la formation aux besoins et au rythme du black and tan coonhound, car le processus d’apprentissage est différent de celui du Saint-Hubert. »
Si Uno a démontré d’excellentes aptitudes au pistage et exprimé des facultés de réflexion supérieures à celles du Saint-Hubert, l’expérimentation se poursuit. « D’autres black and tan coonhound devraient prochainement rejoindre la gendarmerie, indique le CEN Courton. Nous pourrons alors établir des comparaisons entre les différents sujets et ainsi tirer des conclusions. »
Du point de vue sanitaire, une robustesse supérieure à celle du Saint-Hubert est espérée, grâce à des proportions nettement inférieures. « Moins de problèmes de santé, c’est aussi une meilleure capacité de vie opérationnelle. Mais ça, nous le saurons dans les prochaines années ! » Uno, qui pèse aujourd’hui trente kilos, a quasiment atteint son poids maximal. « Il va s’étoffer au niveau du poitrail, mais ne grandira plus. Il devrait ainsi prendre encore trois ou quatre kilos au maximum », précise son maître.
À l’occasion du 80e anniversaire du Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie, célébré le 5 juin 2025, à Gramat, Uno réalisera une démonstration en présence de nombreux invités. Moment symbolique d’une belle aventure, ayant ouvert des perspectives aussi passionnantes que prometteuses.
Un second chiot de la même portée qu’Uno a été offert par l’éleveur à la Gendarmerie nationale, en signe de reconnaissance. Nommé Udine, en référence à la ville où est implanté l’élevage, l’animal a été attribué au Groupe d'investigation cynophile (GIC) de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, en Loire-Atlantique (44). Il officie aux côtés de son maître, l’adjudant-chef Guillaume, dans la technicité « piste chaude » (recherche de personnes disparues depuis moins de 48 heures). Le binôme a été validé le 25 mars 2025.



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